Une lettre choc signée par des fils et filles de la région d’origine de Paul Biya secoue le Cameroun à l’approche de la présidentielle. Le texte, accusateur et sans concession, exhorte les populations du Sud à tourner la page d’un régime marqué par la corruption, le tribalisme et le pillage des ressources. Seuls les affidés du pouvoir crient au scandale.


Une onde de choc traverse le Cameroun à quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Pour la première fois, des natifs de la région d’origine de Paul Biya, le président camerounais au pouvoir depuis 1982, osent briser l’omerta et interpeller leurs frères de sang dans un pamphlet incendiaire. Le document, diffusé depuis une semaine, fustige 43 ans de “gouvernance calamiteuse”, appelant les populations du Sud – berceau du régime – à ne plus voter par “nombrilisme tribal”, mais en “citoyens conscients des désastres accumulés”.

“Assez de complaisance !” : Le cri du cœur des natifs du Sud

La lettre, signée par des intellectuels, chefs traditionnels et anciens cadres du RDPC (le parti au pouvoir), dresse un bilan accablant du règne de Biya : “Notre région, comme le reste du pays, croule sous les dettes fantômes, les routes impraticables, les hôpitaux sans médicaments et les écoles sans toits. Pendant ce temps, une poignée de privilégiés pillent le Trésor public en votre nom”, peut-on lire. Les auteurs rappellent que le Cameroun, jadis prospère, est aujourd’hui classé parmi les pays les plus corrompus au monde (indice Transparency International) et que le chômage des jeunes dépasse les 30%.

“On nous a fait croire que voter Biya, c’était protéger nos intérêts. Mais où sont les industries promises ? Où sont les emplois pour nos enfants ? Même à Sangmélima ou à Mvomeka’a [villages symboles du président], la misère est reine”, tonne un signataire sous couvert d’anonymat par crainte de représailles.

Un tribalisme dénoncé comme “arme de diversion”

Le texte démonte aussi la stratégie du régime qui, selon eux, instrumentalise l’appartenance ethnique pour diviser : “On vous dit que sans Biya, les ‘autres’ viendront vous marginaliser. Mais regardez : après 43 ans de pouvoir sudiste, notre région est exsangue. Le tribalisme est une prison qui nous empêche de réclamer nos droits.” Une allusion claire aux réseaux clientélistes qui bénéficient à une élite proche du palais d’Étoudi, tandis que les masses s’appauvrissent.

Réactions : L’opposition salue, le pouvoir s’indigne

La publication de ce brûlot a suscité des réactions vives. Dans l’opposition, Maurice Kamto (MRC) a loué “un courage exemplaire”, tandis que Cabral Libii (PCRN) y voit “la preuve que le vent tourne même dans le sanctuaire biyiste”. Les réseaux sociaux s’enflamment, avec le hashtag #PlusCaVaBiya qui devient viral.

Du côté du RDPC, la réplique est brutale. Le ministre René Emmanuel Sadi a parlé d’“une manipulation de l’étranger”, et des militants pro-Biya accusent les signataires de “traîtrise”. “Ces gens ne représentent pas le Sud ! Biya a construit des écoles ici !”, lance un cadre du parti, sous les moqueries des internautes qui rappellent que la plupart des établissements scolaires datent… de l’époque d’Ahmadou Ahidjo.

Et maintenant ?

Cette lettre intervient dans un contexte de défiance grandissante envers un pouvoir sclérosé. Alors que Biya, 92 ans, reste silencieux sur ses intentions pour 2025, beaucoup spéculent sur un éventuel “fils spirituel” à imposer. Mais pour les auteurs du texte, l’heure n’est plus aux successions claniques : “Le Cameroun a besoin d’une rupture. Notre dignité vaut plus que des miettes jetées en échange de nos voix.”

Le mur du silence se fissure dans le fief du président. Reste à savoir si ce cri de révolte se traduira par un sursaut électoral en 2025. Une chose est sûre : le débat est désormais ouvert, et le régime ne peut plus compter sur une loyauté automatique.

Emmanuel Ekouli



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