Yaoundé, le 20 juin 2025 – Alors que le Cameroun s’achemine vers une nouvelle élection présidentielle en octobre, une réforme constitutionnelle inattendue vient jeter un voile d’inquiétude sur l’avenir démocratique du pays. Selon des informations exclusives, le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, envisagerait de modifier la Constitution pour instaurer un poste de vice-président de la République. Une manœuvre qui, sous couvert de stabilité institutionnelle, ressemble davantage à une stratégie bien rodée pour se maintenir indéfiniment aux commandes du pays.
Une réforme aux allures de piège constitutionnel
Ce 19 juin, un projet de loi portant réaménagement du cadre institutionnel a été officiellement transmis au président du Sénat. Le texte prévoit la création d’un poste de vice-président de la République, une fonction qui, selon nos sources, serait conçue pour assurer la vacance présidentielle en cas d’empêchement du chef de l’État. En apparence anodine, cette modification constitutionnelle suscite pourtant de vives interrogations.
Actuellement, en vertu de l’article 7 de la Constitution camerounaise, c’est le président du Sénat qui assure l’intérim en cas de vacance du pouvoir. Mais avec cette nouvelle disposition, le vice-président – dont la nomination resterait à la discrétion du président – deviendrait automatiquement le successeur désigné. Une configuration qui ouvre la porte à toutes les manipulations politiques, notamment dans un contexte où Paul Biya, âgé de 92 ans, semble chercher à verrouiller le système pour contrôler sa succession.
Un stratagème pour contourner la limitation des mandats ?
Les observateurs politiques ne s’y trompent pas : cette réforme s’inscrit dans une longue série de manœuvres visant à permettre à Paul Biya de conserver une emprise sur le pouvoir, même après la fin théorique de son mandat. En 2008, il avait déjà fait supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels, lui permettant de se représenter indéfiniment. En 2019, malgré des rumeurs de retrait, il avait une nouvelle fois brigué un septennat supplémentaire, dans un scrutin contesté.
Aujourd’hui, alors que son état de santé et son âge avancé soulèvent des questions sur sa capacité à gouverner, cette réforme pourrait servir de mécanisme de transition contrôlée. En nommant un vice-président loyal – probablement issu de son cercle restreint –, Biya s’assurerait non seulement une retraite politique en douceur, mais aussi la pérennité de son système.
Des consultations opaques et des pressions diplomatiques
Selon des sources parlementaires, des consultations discrètes sont en cours avec les présidents des commissions de l’Assemblée nationale et du Sénat. Le régime tenterait ainsi de s’assurer d’un vote favorable, dans un contexte où l’opposition et la société civile sont systématiquement muselées.
Plus troublant encore, des rumeurs persistantes évoquent des tractations entre Paul Biya et des diplomates occidentaux, notamment l’ambassadeur de France et le chef de la délégation de l’Union européenne. Ces derniers auraient donné leur feu vert à un scénario de « transition garantie », en échange de la promesse d’une stabilité post-électorale. Une manière, pour les partenaires internationaux du Cameroun, de préserver leurs intérêts économiques et sécuritaires dans la région, au détriment de la démocratie.
Une démocratie camerounaise en péril
Depuis des années, le régime de Paul Biya a été marqué par un autoritarisme croissant, une répression des opposants et un verrouillage des institutions. L’adoption précipitée d’une telle réforme, sans débat public ni consultation populaire, confirme cette dérive.
Pour l’opposition et les défenseurs des droits de l’homme, cette manœuvre est un nouveau coup porté à l’État de droit. « Cette réforme n’a qu’un seul objectif : permettre à Biya et à son clan de garder la mainmise sur le pouvoir, même après sa disparition de la scène politique », dénonce un militant de la société civile sous couvert d’anonymat.
Alors que le Cameroun traverse une crise multiforme – tensions séparatistes dans les régions anglophones, crise économique, montée de l’insécurité –, cette réforme constitutionnelle risque d’aggraver les fractures et de plonger le pays dans une nouvelle période d’incertitude.
La communauté internationale restera-t-elle silencieuse ?
À l’heure où les Camerounais aspirent à un renouveau démocratique, la communauté internationale, souvent complice du statu quo, se trouve une nouvelle fois face à ses contradictions. Va-t-elle fermer les yeux sur ce qui s’apparente à une manipulation constitutionnelle, ou exercera-t-elle enfin des pressions pour un véritable changement ?
Une chose est sûre : avec cette réforme, Paul Biya prouve une fois de plus qu’il n’a pas l’intention de quitter le pouvoir. Et le Cameroun, malgré les apparences, reste englué dans un système où la démocratie n’est qu’un leurre.
Emmanuel Ekouli
