Alors que le Cameroun vient de signer, ce 17 juin 2025 à Vienne, un accord avec le Fonds de l’OPEP pour un financement de 15 milliards FCFA en faveur du développement de la filière rizicole, les acteurs du secteur restent sceptiques. Ce financement, intégré au Projet de développement de la chaîne de valeurs du riz (Pdcvr), porte l’enveloppe globale à 98 milliards FCFA, avec l’ambition affichée d’augmenter la production nationale, de désenclaver les zones agricoles et de réduire les importations massives de riz.

Pourtant, sur le terrain, la réalité est tout autre. La riziculture camerounaise, jadis prospère, se meurt à petit feu, victime d’un manque de vision politique et d’une gestion hasardeuse sous le régime de Paul Biya. Malgré les milliards injectés depuis des années, le pays continue d’importer près de 80 % de sa consommation en riz, principalement d’Asie.

Une filière abandonnée à son sort

Dans les régions traditionnellement rizicoles comme les plaines des Mbos, le Nord et l’Extrême-Nord, les paysans dénoncent l’absence de soutien concret. « On nous parle toujours de projets, d’accords, mais nous n’en voyons jamais les retombées », témoigne Ousmanou, producteur à Maga. « Les machines promises ne viennent jamais, les semences améliorées sont rares, et les routes pour évacuer notre production sont impraticables. »

Le Pdcvr, lancé en 2018, devait révolutionner la filière. Mais sept ans plus tard, les résultats sont maigres. Les infrastructures de transformation restent sous-utilisées, les coopératives manquent de moyens, et les subventions promises aux agriculteurs tardent à arriver. « Chaque année, on nous annonce des milliards, mais rien ne change », regrette Amina, une rizicultrice de Yagoua.

Un gouvernement sans vision

Le problème, selon les experts, est l’absence d’une politique agricole cohérente. Sous le régime de Paul Biya, les projets se succèdent sans suivi, et les fonds alloués sont souvent détournés ou mal utilisés. « Le Cameroun a tout pour devenir autosuffisant en riz : des terres fertiles, un climat favorable, une main-d’œuvre disponible. Mais il manque une réelle volonté politique », analyse Dr. Emmanuel Ndo, économiste agricole.

Malgré les discours officiels vantant la « révolution verte », les importations de riz ont augmenté, passant de 500 000 tonnes en 2015 à près de 700 000 tonnes en 2024. Une dépendance qui coûte cher à l’économie nationale et expose le pays aux fluctuations des prix internationaux.

Un espoir à reconquérir

Le nouvel accord avec l’OPEP relance l’espoir, mais sous conditions. Pour que ces fonds ne soient pas un nouvel échec, les acteurs de la filière demandent :

  • Une gestion transparente des financements ;
  • La réhabilitation des pistes rurales pour désenclaver les zones de production ;
  • La modernisation des unités de transformation ;
  • Un soutien direct aux petits producteurs via des subventions et des formations.

« Si rien ne change, ce financement sera un autre coup d’épée dans l’eau », prévient un responsable anonyme du Minader. « Il faut une rupture avec les vieilles méthodes. »

En attendant, les riziculteurs continuent de survivre, sans savoir si cette nouvelle annonce sera enfin celle de la relance… ou simplement un mirage de plus.

Emmanuel Ekouli

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