Le gouvernement camerounais vient de conclure un nouvel emprunt de 100 milliards FCFA (environ 150 millions d’euros) auprès de la banque française Natixis, garanti par la MIGA (Multilateral Investment Guarantee Agency), une filiale de la Banque mondiale spécialisée dans la couverture des risques politiques. Si cette opération permet à l’État de renflouer ses caisses, elle se fait au prix d’un report partiel du service de la dette intérieure, affectant directement les entreprises nationales, les fournisseurs de l’État et les adjudicataires de marchés publics.

Un choix financier critiquable

L’annonce de cet emprunt intervient dans un contexte où le Cameroun, comme de nombreux pays africains, doit jongler entre le remboursement de sa dette et le financement de ses projets de développement. En optant pour un prêt extérieur garanti par la MIGA, le gouvernement sécurise des liquidités immédiates, mais reporte une partie de ses engagements envers ses créanciers locaux.

Cette décision soulève plusieurs interrogations :

  1. Pourquoi privilégier un emprunt extérieur coûteux plutôt que de payer les dettes locales ?
    Les taux d’intérêt appliqués par les institutions financières internationales, bien que compétitifs, alourdissent la dette extérieure du Cameroun, déjà estimée à plus de 10 000 milliards FCFA. Pendant ce temps, les entreprises camerounaises, qui ont honoré leurs contrats avec l’État, voient leurs factures impayées s’accumuler, mettant en péril leur trésorerie et leur survie.
  2. Quel impact sur l’économie locale ?
    Les PME et les grands fournisseurs de l’État sont les premières victimes de ce report de paiement. Ces entreprises, souvent dépendantes des commandes publiques, doivent supporter des retards de paiement qui les contraignent à réduire leurs activités, voire à licencier. Certaines sont même obligées de s’endetter auprès des banques locales pour survivre, créant un cercle vicieux de dette et de fragilité économique.

Les entreprises nationales, toujours sacrifiées

Les adjudicataires de marchés publics et les fournisseurs de l’État sont régulièrement confrontés à des retards de paiement, parfois de plusieurs années. Cette nouvelle décision du gouvernement renforce une tendance inquiétante : la priorité donnée aux créanciers étrangers au détriment des acteurs économiques locaux.

Pourtant, ces entreprises jouent un rôle clé dans l’économie camerounaise :

  • Elles emploient des milliers de travailleurs locaux.
  • Elles participent à la réalisation des infrastructures publiques (routes, écoles, hôpitaux).
  • Elles dynamisent les secteurs clés comme le BTP, les services et l’agro-industrie.

En les privant de liquidités, l’État affaiblit non seulement leur capacité à investir, mais aussi celle de l’économie nationale à se développer de manière autonome.

La MIGA et Natixis : des garanties pour les investisseurs, mais pas pour les Camerounais

La garantie de la MIGA rassure Natixis en couvrant les risques politiques (expropriation, troubles sociaux, défaut de paiement). Mais cette sécurité offerte aux prêteurs étrangers contraste avec l’insécurité financière imposée aux entreprises camerounaises.

Question : Pourquoi l’État ne négocie-t-il pas des garanties similaires pour ses propres créanciers locaux ? Les banques camerounaises pourraient, par exemple, bénéficier d’un mécanisme de couverture des risques liés aux prêts publics, afin de fluidifier le crédit aux entreprises.

Une solution alternative : Mieux gérer la dette intérieure

Plutôt que de s’endetter davantage à l’extérieur, le Cameroun gagnerait à :

  • Mettre en place un calendrier de paiement strict pour les dettes intérieures, afin de rétablir la confiance des fournisseurs.
  • Négocier des lignes de crédit préférentielles avec les banques locales pour les entreprises affectées par les retards de paiement.
  • Rationaliser les dépenses publiques pour éviter le recours systématique à l’emprunt extérieur.

Un choix politique à reconsidérer

Si l’emprunt auprès de Natixis permet de répondre à des besoins immédiats, il illustre une dépendance croissante envers les bailleurs étrangers, au détriment des acteurs économiques locaux. Les entreprises camerounaises méritent une meilleure considération dans la gestion de la dette publique. Sans une politique plus équilibrée, le risque est grand de voir se fragiliser davantage un tissu économique déjà mis à rude épreuve.

Le gouvernement doit prendre conscience que sacrifier les fournisseurs locaux au profit des créanciers internationaux n’est pas une stratégie viable à long terme. L’économie camerounaise a besoin de ses entreprises pour croître – il est temps de les payer.

Emmanuel Ekouli

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