À l’Université Saint Jean d’Eyang, la rentrée universitaire rime avec offrande sacrificielle. Non pas à cause des frais de scolarité, déjà exorbitants pour de nombreuses familles, mais en raison des loyers dignes de Manhattan pratiqués par les propriétaires de mini-cités. Des chambres d’étudiants facturées entre 65 000 et 120 000 francs CFA par mois. Oui, vous avez bien lu. Même à Yaoundé, la capitale aux loyers voraces, de tels tarifs font hésiter.

Et ne vous y trompez pas : il ne s’agit pas de studios climatisés avec vue panoramique sur le Nyong. Loin de là. Ce sont le plus souvent des chambres nues, au sol en béton, aux murs à peine crépis, où la présence d’un co-chambrier est strictement interdite (logique implacable : un étudiant, un loyer ; deux étudiants, deux loyers – mathématique divine). Les propriétaires, quant à eux, vous expliqueront doctement qu’il s’agit de « la loi du marché ». Un marché dont ils fixent eux-mêmes les règles, dans un silence assourdissant de la justice. Surfer sur la détresse des parents est leur sport favori.

À cette saignée financière s’ajoutent l’eau et l’électricité, facturées en supplément selon l’humeur du jour. Pourtant, dans cette zone forestière située à une vingtaine de kilomètres de Yaoundé, au-delà de Nkolbisson – où la route ressemble à un parcours du combattant –, les coupures d’électricité sont plus fréquentes que les messes dominicales. Mais ici, même dans l’obscurité, il faut payer. Même lorsque l’eau ne coule pas, il faut payer. Serait-ce un stage de formation à la résilience chrétienne ?

Ce qui scandalise le plus, ce n’est même plus l’avidité de ces propriétaires, dont la seule foi se mesure en francs CFA, mais le silence complice de l’État. Cet État régalien, censé protéger les citoyens, observe depuis son palais lointain tandis que parents et étudiants sont dépouillés jusqu’à la moelle. Abandonnés, livrés à une jungle économique où seuls les plus nantis survivent.

Le plus ironique, c’est que dans ce Cameroun où tout est désormais marchandisé – la santé, la sécurité, l’éducation –, il était illusoire d’espérer que le logement étudiant échapperait à la grande messe du profit. Après tout, les propriétaires doivent bien bâtir leurs villas à Yaoundé, s’offrir leurs Prado et organiser des funérailles VIP.

Mais à Eyang, la jeunesse étudiante, elle, continue d’étudier à la lueur des bougies, dans l’étouffante chaleur de chambres surtarifées, priant chaque jour pour que son rêve d’avenir ne s’éteigne pas avec la lumière.

Après tout, si Jésus a multiplié les pains et les poissons, à Eyang, les propriétaires, eux, ne savent multiplier que les loyers.

Amen !

Charles Chacot Chimé

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