Le décès du Lamido Moussa Lame le 24 Août 2024 a ouvert la possibilité de sa succession. Les différents protagonistes au trône s’étaient déclarés et le processus traditionnel connu de tous s’est enclenché dès le mois de Juin 2025 ; les correspondances administratives y afférents faisant foi.

Malgré les quelques retards et contretemps qui ont ralenti quelque peu ce processus dont la codification est bien réglée, la date du 10 Juillet 2025 a été retenue pour la dernière phase qui devait aboutir à la désignation du successeur du Lamido défunt. Dirigé par le Préfet du Département du Mayo Kani, ce processus n’a pu aboutir à son terme, mais, à la surprise générale, instrumentalisée par quelqu’un qui voyait son échec, des jeunes manifestement abreuvés de substances illicites ont porté au trône quelqu’un qui n’avait pas été désigné à cette place. Les portes de la chefferie ayant été descellées et un imposteur installé.

La tension est à son comble à Midjivin

Le processus de désignation d’un Chef Traditionnel de 1er degré obéit à une codification connue à la fois de l’autorité administrative qui doit diriger ce processus mais aussi les notables et les potentiels successeurs. Cela étant tout le monde savait à quoi s’en tenir pour qu’on arrive à la désignation apaisée et consensuelle d’un chef.

La chefferie traditionnelle de 1er degré du canton de MEDJIVIN vielle de quelques siècles est emblématique dans l’Arrondissement de Kaélé, département du Mayo Kani région de l’Extrême-Nord. Et c’est du reste, pourquoi, toutes les dispositions devaient être prises pour que la désignation du successeur au Lamido défunt se passe dans les meilleures conditions possibles ; aucune surprise n’était donc de mise. Cela a pris tout le temps et l’autorité administrative a communiqué de la façon la plus adéquate possible.

Des correspondances entre les différents protagonistes et l’administration font état de ce que tout le monde savait quand et où quoi devait être fait. Bien entendu, les dispositions pour la fin du processus de désignation étaient prises. Le processus de désignation passait par un vote dont le corps électoral était constitué de notables. C’est donc au milieu de ce vote qui devait aboutir de façon démocratique à la désignation du chef qui lui-même devait par la suite être intronisé par le Préfet du Département du Mayo Kani, que tout a capoté.

L’urne qui contenait les différents votes ayant été emportée et quelqu’un qui n’avait pas été désigné s’est retrouvé entrain d’être installé au trône. Ceci n’a pas manqué de créer les troubles à l’ordre public. Des éléments de la force publique médusés, comme incapables de prendre des décisions. Il va s’en dire que ces forces ont attendues vainement qu’un ordre leur soit donné pour leur permettre de rétablir l’ordre et d’amener le processus à l’aboutissement logique traditionnellement connu. Un imposteur se retrouve aujourd’hui assis à un trône sur lequel il n’était pas désigné, le processus n’étant pas arrivé à son terme attendu.

Les populations prêtes à en découdre

C’est ainsi que des questions peuvent se poser et se posent : pourquoi le Préfet du département du Mayo Kani n’a-t-il pas donné l’ordre aux éléments de la force publique de rétablir l’ordre ou à tout le moins de suspendre le processus pour éventuellement le reprendre quand les esprits se seront apaisés ? Pourquoi Monsieur le Préfet a-t-il accepté cette situation de fait accompli en sachant très bien que le processus qu’il dirigeait a été biaisé et que celui que l’on a enturbanné et qui est assis à ce trône a été illégalement et illégitimement installé? Est-il possible que l’on considère que le silence de l’autorité administrative vaut consentement ?

L’affaire de la succession de la chefferie de 1er degré du canton de MIDJIVIN soulève un problème complexe à une période très sensible de la vie nationale. Par cet imbroglio doublé d’imposture, le processus ne peut pas permettre une succession dans la paix et dans la concorde.

A un endroit où on devait s’attendre à ce que la légalité accompagne la légitimité, on se retrouve avec le désordre qui se mêle à la violence, toute chose qui ne peut entrainer que le chaos. La chefferie traditionnelle est un acteur clé dans la régulation sociale et culturelle dans la zone septentrionale du pays. Il faut donc éviter que pour une succession on aboutisse à une crise qui expose à des rivalités et des tensions internes. Ce chaos peut à terme aboutir à des luttes d’influences exacerbées par le silence de l’autorité administrative à une période où le pays a besoin de la paix et de la concorde dans les milieux sociaux.

Si les différents prétendants revendiquent des droits basés sur des traditions mais donc la codification, parce que connue de tous, doit aboutir à une succession apaisée, l’autorité administrative doit s’assurer que tout s’est passé en respect de la réglementation en vigueur. L’imposture d’un candidat non légitime mais qui s’impose par la violence et la force, par l’instrumentalisation de la jeunesse bénéficiant des forces extérieures à ce canton, n’est pas pour le bien à la fois du canton mais aussi de toute la zone en général.

On n’ignore pas que la zone de l’Extrême-Nord a tendance à être une poudrière dont les rivalités sociales entraînent souvent des pertes en vies humaines et des biens chèrement acquis. Le silence de l’autorité administrative suscite des inquiétudes à une période très sensible de la vie nationale (on s’engage au processus de l’élection du Président de la République). Il n’est pas possible d’imaginer que l’autorité se retrouve dans l’incapacité d’agir et on ne pourrait pas non plus d’office accuser celle-ci de complicité. La situation à MIDJIVIN est potentiellement explosive et nécessite une intervention rapide de l’autorité administrative pour clarifier la situation et rétablir l’ordre.

Il faudrait éviter que l’administration se retrouve entrain de réagir là où elle devait agir en amont et éviter d’inutiles tensions et escalades et garantir la paix. Mais des preuves sont établies en ce jour que des forces extérieures au canton de MIDJIVIN sont en train d’intervenir dans le processus de désignation du Lamido de ce canton et cela n’est pas tolérable. L’intervention rapide de l’autorité administrative doit pouvoir mettre fin à ce chaos naissant si l’on ne veut pas se retrouver dans une situation ingérable où on pourrait avoir des destructions et des pertes en vies qui ne bénéficient à personne.

François Ndi, envoyé spécial

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