La publication ce samedi 26 juillet 2025 de la liste officielle des 13 candidats retenus par Élections Cameroun (Elecam) pour la présidentielle du 12 octobre n’a réservé aucune surprise. Pire, elle confirme ce que des sources bien informées affirmaient depuis trois jours : la liste avait déjà été arrêtée en amont, sous influence gouvernementale, et surtout, l’élimination de Maurice Kamto était planifiée depuis le sommet de l’État.
Une liste “officielle” qui circulait déjà depuis plusieurs jours
Dès le 25 juillet, plusieurs médias, dont Cameroun Actuel, révélaient une liste de 13 noms “probables”. Or, la version rendue publique ce jour par Elecam est strictement identique, sans le moindre ajustement. Une coïncidence troublante qui prouve que le processus de validation n’a été qu’une simple formalité, déjà scellée en coulisses.
Parmi les absents marquants : Maurice Kamto, pourtant candidat déclaré du Mouvement pour l’Avancée d’un Nouvel Idée pour le Développement du Cameroun (MANIDEM). À sa place, on retrouve Dieudonné Yebga, une figure bien moins menaçante pour le régime.
Atanga Nji, Momo et Owona : les artisans de l’exclusion
Selon plusieurs sources concordantes au sein de l’administration électorale, la décision d’écarter Kamto a été directement impulsée par des membres clés du gouvernement, agissant sous instructions présidentielles.
1. Paul Atanga Nji (Ministre de l’Administration Territoriale)
Véritable gardien des élections, Atanga Nji a joué un rôle central dans le verrouillage du processus. Connu pour son intransigeance envers l’opposition, il a supervisé le travail d’Elecam en amont, exerçant une pression constante pour éliminer tout candidat jugé “trop dangereux”. Des fuites internes suggèrent qu’il aurait personnellement insisté pour que Kamto ne figure pas sur la liste, invoquant des “irrégularités” dans son dossier – un prétexte classique.
2. Jean de Dieu Momo (ministre délégué auprès du garde des sceaux)
Moins visible mais tout aussi influent, Momo a agi en relais discret du ministre d’État, ministre de la justice. Selon un proche d’Elecam, il aurait transmis des “recommandations” claires sur les noms à valider, en coordination avec Atanga Nji. Son rôle a été crucial pour s’assurer que la liste finale corresponde aux attentes du régime.
3. Grégoire Owona (secrétaire général adjoint du RDPC, ministre du Travail)
Owona, stratège électoral du parti au pouvoir, a œuvré en coulisses pour garantir une opposition fragmentée et inoffensive. En écartant Kamto, le RDPC neutralise l’un de ses principaux adversaires, évitant une répétition de la dynamique de 2018 où le leader du MRC avait mobilisé des foules importantes.
Un simulacre de transparence
Malgré les dénégations officielles, le calendrier même des événements trahit une mascarade :
– 24 juillet : Les dossiers sont “officiellement” en examen.
– 25 juillet : La liste fuit dans les médias proches du pouvoir.
– 26 juillet : Elecam valide la même liste, sans changement.
Preuve que tout était déjà décidé.
Une présidentielle verrouillée avant même le départ
Cette exclusion ciblée confirme la peur panique du régime face à Maurice Kamto, dont la popularité reste forte malgré son emprisonnement passé. Elle illustre aussi le contrôle absolu des institutions électorales par l’exécutif, où des figures comme Atanga Nji, Momo et Owona agissent en véritables chevilles ouvrières d’un système conçu pour éliminer toute concurrence crédible.
Avec une opposition affaiblie et une liste de candidats soigneusement triée, le scrutin du 12 octobre s’annonce comme une formalité en faveur du pouvoir en place. Reste à voir comment réagira l’électorat camerounais face à ce qui ressemble de plus en plus à une parodie de démocratie.
Emmanuel Ekouli
