Joseph LE organise des assises sur les recrutements, mais la bureaucratie et l’opacité persistent
Yaoundé, 29 juillet 2025 – Alors que le ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative, Joseph LE, ouvre ce lundi une série de conférences pour « pré-valider » le plan de recrutement 2026, une question brûlante se pose : ces discussions changeront-elles réellement la donne dans une administration camerounaise engluée dans le clientélisme, la lenteur et l’inefficacité ?
Sous le thème pompeux « AIGLES : Outil de facilitation des recrutements dans l’Administration Publique Camerounaise », ces assises réunissent responsables des ressources humaines et cadres ministériels dans l’enceinte feutrée du Club MINFOPRA. Officiellement, il s’agit de « sensibiliser aux contraintes de recrutement » et de promouvoir des « alternatives efficaces ». Mais dans les couloirs, nombreux sont ceux qui doutent de l’impact réel de ces discussions.
Une plateforme AIGLES en trompe-l’œil ?
Le ministre vante AIGLES comme la solution miracle pour « moderniser » la Fonction Publique. Pourtant, sur le terrain, les dysfonctionnements restent criants. Malgré son lancement, la plateforme ne semble pas avoir endigué les pratiques opaques qui gangrènent les recrutements. Les concours directs, souvent biaisés, coexistent toujours avec des nominations discrétionnaires, tandis que les jeunes diplômés s’arrachent les rares postes disponibles dans un climat de méfiance généralisée.
« AIGLES est un progrès technique, mais sans volonté politique réelle, cela reste un écran de fumée », lâche un cadre du ministère sous couvert d’anonymat. « On parle de transparence, mais les mêmes réseaux influents continuent de dicter les embauches. »
Redéploiement et renforcement des capacités : des solutions illusoires ?
Parmi les « alternatives » mises en avant figurent le redéploiement du personnel et le renforcement des capacités. Une approche qui, en théorie, pourrait optimiser les ressources. Mais dans les faits, ces mesures servent trop souvent à masquer des suppressions de postes ou à justifier des mutations arbitraires, sans réelle formation ni accompagnement.
« Combien de fois a-t-on entendu parler de “rationalisation” pour finalement voir des services sous-dotés et des agents surchargés ? », interroge un syndicaliste de la fonction publique. « Le gouvernement veut faire des économies sur le dos des travailleurs, sans s’attaquer aux vrais problèmes : la corruption et le manque de moyens. »
Des assises coupées des réalités ?
Le format même de ces conférences pose question. Organisées en vase clos, entre hauts fonctionnaires, elles excluent les principaux concernés : les milliers de jeunes Camerounais qui peinent à intégrer la Fonction Publique malgré leurs compétences. Aucune consultation large n’a été menée en amont, et les propositions risquent de rester lettre morte, comme ce fut le cas pour tant d’autres « réformes ».
« On nous parle d’inclusion, mais où sont les représentants des syndicats, des écoles de formation, des lauréats des concours ? », s’indigne un militant de la transparence. « Ce sont encore des discussions entre initiés, pour des initiés. »
Entre communication politique et inertie bureaucratique
Joseph LE promet des « recommandations opérationnelles », mais l’histoire récente du MINFOPRA inspire peu de confiance. Malgré les beaux discours, l’administration camerounaise reste l’une des plus lentes et des moins transparentes d’Afrique, selon plusieurs classements internationaux.
Si le ministre veut vraiment une « Fonction Publique performante et inclusive », il devra aller au-delà des séminaires et s’attaquer aux racines du mal : la politisation des nominations, la corruption endémique et le manque de moyens alloués aux services publics.
En l’état, ces conférences ressemblent davantage à un exercice de communication qu’à une véritable rupture. Et sans une réforme en profondeur, AIGLES ne sera qu’un nouvel acronyme dans le cimetière des projets avortés.
Yvette Abessolo
