L’audace d’Akere Muna aura au moins eu le mérite de mettre à nu la pantomime institutionnelle qui étouffe le Cameroun. Ce vendredi 22 août, le Conseil constitutionnel, présidé par Clément Atangana, fidèle among fidèles du régime, s’apprête à enterrer une requête fondée et courageuse, validant ainsi la candidature illégitime d’un nonagénaire sénile à un huitième mandat. Le verdict est déjà écrit, scellé dans les sombres alcôves du Palais des Congrès. La démocratie camerounaise se meurt une fois de plus sous les coups de boutoir d’un système despotique.
Me Akere Muna, ancien bâtonnier et figure intègre de la justice, ne s’est pas contenté de dénoncer. Il a instruit un réquisitoire implacable contre Paul Biya, s’appuyant sur l’article 118 du Code électoral. Des preuves photographiques et un argumentaire juridique solide dépeignent un président fantôme, absent, dépendant de son entourage, incapable de présider le Conseil des ministres ou le Conseil supérieur de la magistrature depuis des années. Son propre parti, le RDPC, est en lambeaux, avec des instances dirigeantes dont le mandat a expiré. L’état de dépendance est avéré, criant, documenté. La loi exige son inéligibilité.
Mais au Cameroun de Paul Biya, la loi n’est qu’un instrument au service du pouvoir. Clément Atangana, gardien autoproclamé de la Constitution, n’en est que le geôlier. Sa cour n’est pas une institution de justice, mais une chambre d’enregistrement des desiderata de l’Élysée. Son rôle n’est pas de trancher en droit, mais d’acter en force. Le rejet systématique de tous les recours, y compris les plus fondés, préfigure le déni de justice qui se préparera demain. La complicité de cette instance est le sceau final sur la mort programmée de tout espoir de changement.
Ce rejet annoncé est bien plus qu’une décision juridique ; c’est un acte politique de haute trahison contre le peuple camerounais. Il consacre la confiscation définitive du pouvoir par une clique qui se moque de l’intérêt général, de la jeunesse assoiffée d’avenir et des principes les plus élémentaires de la démocratie. En validant la candidature d’un homme qui n’est plus que l’ombre de lui-même, Clément Atangana et ses acolytes deviennent les fossoyeurs de la nation.
L’histoire retiendra ce 22 août comme le jour où la dernière lueur d’espoir légal s’est éteinte au Cameroun. Elle retiendra le courage d’Akere Muna face à la lâcheté d’institutions vendues. Elle jugera sévèrement ceux qui, comme Atangana, auront préféré servir un homme plutôt que leur pays. La lutte ne fait que commencer. Le peuple camerounais, humilié une fois de plus, finira par se lever pour arracher sa liberté. La farce constitutionnelle de Biya et Atangana n’aura fait que retarder l’inéluctable : la chute d’un régime décati.
Emmanuel Ekouli
