Yaoundé, Cameroun – La capitale camerounaise, Yaoundé, sombre un peu plus chaque jour dans le chaos et l’insalubrité. Le maire de la ville, Luc Messi Atangana, a récemment tiré une sonnette d’alarme aussi brutale que nécessaire, réclamant un budget colossal de 100 milliards de FCFA pour tenter de réparer l’irréparable : un réseau routier en lambeaux et un système de collecte des ordures au bord de l’implosion. Derrière ce chiffre astronomique se cache une réalité bien plus crue : des années de négligence coupable, de sous-financement chronique et un abandon pur et simple des pouvoirs publics centraux envers les millions d’habitants qui tentent de survivre dans cette métropole étouffante.
Le constat dressé par l’édile est accablant. Comment une capitale, vitrine supposée de la nation, a-t-elle pu être laissée dans un état de délabrement aussi avancé ? Les routes de Yaoundé ne sont plus que des cloaques de nids-de-poule et de boue en saison des pluies, transformant les déplacements en un parcours du combattant quotidien, usant les véhicules et paralysant l’économie locale. Pire encore, les montagnes d’ordures qui s’accumulent aux carrefours et dans les quartiers populaires ne sont pas seulement une insulte visuelle ; elles constituent une bombe sanitaire à retardement, un terrain de jeu pour les maladies et les épidémies. Cette situation est le résultat direct, implacable, d’une gestion désinvolte et d’un mépris silencieux pour le bien-être fondamental des citoyens.
La comparaison avec d’autres capitales africaines, que soulève amèrement M. Atangana, est cinglante. Tandis que Kigali, Nairobi ou même Accra investissent massivement dans leurs infrastructures, modernisent leurs services et se projettent dans l’avenir, Yaoundé régresse. Ce retard n’est pas une fatalité, mais le fruit amer d’un choix politique. C’est la preuve d’une centralisation étouffante et d’une allocation des ressources nationale qui relève du scandale d’État. Comment expliquer que la ville-siège des institutions, qui abrite le gouvernement et l’administration présidentielle, soit aussi sinistrée ? Où passent les richesses du pays si sa propre capitale est laissée à l’abandon ?
Le sous-financement chronique pointé du doigt par le maire n’est rien de moins qu’une trahison. Il révèle une fracture abyssale entre une classe politique coupée des réalités et une population qui subit. Réclamer 100 milliards, c’est avouer l’ampleur du désastre et l’échec cuisant des politiques publiques passées. C’est un aveu que les budgets dérisoires alloués jusqu’alors étaient une mockery, un pansement sur une jambe de bois.
La sonnette d’alarme tirée par Luc Messi Atangana doit résonner bien au-delà de l’Hôtel de Ville. Elle doit retentir dans les bureaux climatisés du ministère des Finances et au plus haut niveau de l’État. Les Yaoundéens ne méritent pas de vivre dans une poubelle à ciel ouvert. Ils méritent des routes dignes, une gestion efficace de leurs déchets et un minimum de respect de la part de ceux qui les gouvernent.
Il est temps que les pouvoirs publics assument leurs responsabilités et regardent la réalité en face : Yaoundé, cœur battant du Cameroun, est en train de s’arrêter. Et sa mort lente sera celle de la crédibilité de toute une nation.
Emmanuel Ekouli
