Mutenguene, 17 septembre 2025 – Sous un soleil de plomb, la cour d’honneur du Centre d’instruction et d’application de la police de Mutenguene a vibré ce mercredi au rythme des hymnes et des défilés impeccables. Le Délégué général à la Sûreté Nationale, Martin Mbarga Nguelé, en personne, a présidé la cérémonie solennelle de remise des attributs de grade et des diplômes à la nouvelle cuvée d’élèves inspecteurs de police et gardiens de la paix. Des visages jeunes, déterminés et fiers, prêts à servir la nation. Pourtant, derrière l’éclat des uniformes neufs et la solennité du serment, se profile une réalité bien plus sombre et complexe qui attend ces jeunes recrues.

Les défis qui se dressent sur leur chemin sont titanesques. Le premier d’entre eux est l’insécurité multiforme qui frappe le pays : de la menace terroriste de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, en passant par les violences intercommunautaires, jusqu’à la criminalité urbaine galopante dans les métropoles comme Douala et Yaoundé. Ces nouveaux policiers devront faire preuve d’un courage et d’une intégrité à toute épreuve pour relever ces missions périlleuses, souvent avec des moyens logistiques et opérationnels limités.

Car le deuxième défi, structurel celui-là, est l’insuffisance chronique des effectifs. Malgré les recrutements réguliers, la police camerounaise reste en sous-effectif par rapport aux standards internationaux et aux besoins réels du terrain. Cette pénurie se traduit par une pression immense sur les agents, des heures de travail exténuantes, et une couverture territoriale incomplète, laissant de nombreuses zones en déshérence sécuritaire. Un policier surmené est un policier vulnérable, moins efficace et plus exposé aux tentations.

Ce qui amène au troisième et plus pernicieux défi : la corruption, un fléau qui gangrène l’institution depuis des décennies. Les pratiques de « gombo » ou de « taxi » (pot-de-vin) sont encore trop souvent monnaie courante, érodant la confiance des citoyens envers ceux qui sont censés les protéger. Pour ces jeunes diplômés idéalistes, la tentation sera permanente. Ils évolueront dans un système où ces pratiques sont parfois normalisées, voire attendues par certains supérieurs peu scrupuleux. Leur plus grand combat ne se livrera peut-être pas contre les bandits, mais contre la complaisance et la compromission au sein de leur propre corps.

Le discours du Délégué général Martin Mbarga Nguelé a d’ailleurs insisté sur les « valeurs d’intégrité, de professionnalisme et de dévouement ». Des mots essentiels qui doivent désormais se transformer en actes. La moralisation du commandement et la mise en place de mécanismes de contrôle internes et externes plus stricts sont indispensables pour soutenir ces nouvelles recrues dans leur choix de rester intègres.

Alors qu’ils quittent l’enceinte protégée de l’école de Mutenguene, ces inspecteurs et gardiens de la paix portent sur leurs épaules l’espoir tout entier d’une réforme en profondeur de la police camerounaise. Leur formation technique est achevée, mais leur véritable test ne fait que commencer. Celui de servir et protéger, non par intérêt, mais par devoir, dans un environnement où les obstacles institutionnels et les pratiques corruptrices constituent l’épreuve ultime. Leur succès sera celui de toute la nation.

Emmanuel Ekouli

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