Yaoundé, 26 septembre 2025 – Dans une déclaration solennelle rendue publique ce vendredi, Maurice Kamto, leader de l’opposition et candidat évincé à la présidentielle du 12 octobre, acte l’échec de ses tentatives d’union et annonce qu’il ne donnera aucune consigne de vote unique. Ce renoncement, qui sonne comme un aveu d’impuissance, plonge la contestation dans le plus grand flou et semble offrir un boulevard au pouvoir en place.
Malgré l’« inique et ignoble » rejet de sa candidature, Maurice Kamto affirme avoir entendu l’appel de ses partisans qui le voyaient jouer un rôle pivot dans le scrutin. C’est dans cet esprit qu’il a lancé, le 16 septembre dernier, un appel pressant à l’union des onze candidats de l’opposition. Sa stratégie était claire : fédérer les forces vives de la contestation idéalement derrière un seul candidat, ou au moins former une coalition puissante autour de l’un des deux poids lourds originaires du Grand Nord, M. Cabral Libii (UNDP) et M. Joshua Osih (FSNC). Une telle union, selon lui, était la seule voie pour « créer une dynamique populaire nationale » et éviter la dispersion des voix, fléau qui a toujours condamné l’opposition camerounaise.
Des divisions insurmontables
Mais force est de constater l’échec. Après avoir rencontré sept des onze candidats, dont les principaux concernés, Kamto dresse un bilan sans appel. « L’engagement tardif » des deux favoris de l’opposition ne leur a pas laissé le temps de se préparer seuls à une victoire. Pire, leurs profondes divisions et l’incapacité à s’entendre ont rendu toute coalition crédible impossible, au « grand dam des Camerounais ». À la veille de l’ouverture de la campagne électorale, le candidat de l’union n’existe pas.
Face à cette impasse, le président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et l’Alliance Politique pour le Changement (APC) tirent les conséquences. Dans un communiqué qui fera date, ils annoncent qu’il convient désormais de « laisser à chaque électeur la responsabilité pleine et entière de voter librement, en son âme et conscience, pour le candidat de l’opposition de son choix ».
Un électrochoc pour l’opposition
Cette décision, qui équivaut à un non-choix, est un coup de tonnerre dans le paysage politique camerounais. Elle signifie que Kamto, figure emblématique de la contestation, renonce à canaliser le vote de changement. Ses partisans, nombreux et disciplinés, se retrouvent orphelins et sans directive claire. Cette fragmentation annoncée est perçue comme une aubaine pour le camp présidentiel, qui pourrait voir ses chances de l’emporter dès le premier tour considérablement renforcées.
Pour de nombreux observateurs, cette déclaration est l’ultime symptôme de la fragmentation chronique de l’opposition camerounaise, incapable de dépasser ses ambitions personnelles pour présenter un front uni face au pouvoir. La balle est désormais dans le camp des électeurs, qui devront, dans l’isoloir, trancher seuls dans un paysage oppositionnel éclaté. Le 12 octobre prochain, le verdict des urnes dira si, malgré les divisions, la soif de changement est assez forte pour créer une surprise, ou si l’éparpillement des voix aura une nouvelle fois eu raison des espoirs d’alternance.
Emmanuel Ekouli
