DOUALA, 17 septembre 2025 – La nouvelle a de quoi laisser perplexe. Ce lundi 16 septembre, la société Aéroports du Cameroun (ADC) a lancé un appel d’offres pour la… « modernisation » de l’aéroport international de Douala. Un projet présenté comme une avancée, financé à hauteur de 1,5 milliard de FCFA sur le budget de l’entreprise, pour une durée prévue de 7 mois. L’objectif affiché ? Mettre enfin les pistes et les voies de circulation en conformité avec les normes internationales. Derrière ce jargon technique se cache une réalité plus amère : près de soixante-cinq ans après son indépendance, et après quarante-trois ans de règne sans partage de Paul Biya, le Cameroun, locomotive économique présumée de l’Afrique centrale, ne dispose toujours pas d’une véritable plateforme aéroportuaire digne d’une nation qui aspire au rang de pays émergent.

Il est pour le moins ironique de parler de « modernisation » pour un aéroport qui, dans les faits, n’a jamais été véritablement moderne. Les voyageurs réguliers, qu’ils soient camerounais ou étrangers, connaissent bien la litanie des désagréments : halls d’embarquement exigus et surchauffés, systèmes de climatisation capricieux, files d’attente interminables, et une impression générale de vétusté qui contredit violemment le discours officiel sur l’émergence. La certification par les autorités aéronautiques internationales, présentée comme le graal de ce nouveau chantier, n’est pas une ambition, c’est une obligation minimale que la plupart des pays voisins ont remplie depuis des décennies. Faut-il se féliciter d’un projet qui vise simplement à atteindre un standard que le Cameroun aurait dû dépasser depuis longtemps ?

Le contraste entre les annonces et la réalité du terrain est saisissant. En 2024, ADC a enregistré une performance financière remarquable, avec un bénéfice net en hausse de 104% pour atteindre 9,2 milliards de FCFA, et une croissance du trafic passagers de 5,4%. Ces chiffres témoignent du dynamisme économique du pays et du potentiel de sa plateforme aérienne principale. Mais que font ces bénéfices, année après année, si ce n’est de servir à des rafistolages à répétition ? 1,5 milliard pour sept mois de travaux semble dérisoire face à l’ampleur des besoins et au retard accumulé. Cette approche minimaliste et réactive – attendre que les infrastructures soient au bord de la rupture pour intervenir – est le symptôme d’une gestion à courte vue, dépourvue de toute vision stratégique.

La question qui se pose, au-delà de l’état des pistes, est celle du symbole. Un aéroport international est la première carte de visite d’un pays, le premier contact des investisseurs et des touristes avec la nation. Que dit de nous, Camerounais, cette porte d’entrée fatiguée ? Elle dit le décalage entre les ambitions affichées et la réalité des investissements publics. Elle dit une certaine résignation à la médiocrité, une habitude prise sous un pouvoir qui, en quarante-trois ans, a souvent privilégié les grands discours aux grandes réalisations infrastructures structurantes.

Alors que le pays s’apprête à célébrer, non sans une certaine amertume, soixante-cinq ans d’indépendance, l’éternel chantier de l’aéroport de Douala résume l’immobilisme qui guette le Cameroun. On modernise à petits pas, on colmate les brèches, mais on ne construit pas l’avenir. Le vrai projet ne serait-il pas de bâtir, une fois pour toutes, un aéroport véritablement moderne, à la hauteur des aspirations du peuple camerounais et de son potentiel économique ? La réponse à cette question dépasse de très loin le simple cadre technique d’un appel d’offres. Elle engage la crédibilité même d’un État et la vision de ceux qui le dirigent depuis des décennies. En attendant, les passagers continueront de débarquer sur une piste défraîchie, premier aperçu d’un pays qui semble perpétuellement en travaux, mais rarement en progrès.

Emmanuel Ekouli

Spread the love

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *