Alors que les éliminatoires de la Coupe du Monde 2026 entrent dans leur phase décisive, les choix du sélectionneur camerounais Marc Brys suscitent un mélange d’espoir et de profonde perplexité. La liste des 26 joueurs convoqués pour les chocs contre l’Île Maurice et l’Angola, dévoilée ce 3 octobre, officialise un pari audacieux : construire l’avenir immédiat des Lions Indomptables avec l’attaquant Frank Magri, mais sans le défenseur central Christopher Wooh. Une équation qui laisse les observateurs dubitatifs sur la solidité du projet.
L’ommage d’un pilier défensif
Le nom qui manque le plus cruellement à l’appel est celui de Christopher Wooh. Titulaire indiscutable en défense centrale lors de la précédente campagne, le jeune joueur, désormais à Aston Villa, est officiellement écarté pour cause de suspension, suite à une accumulation de cartons jaunes. Si la raison est administrative, elle n’en est pas moins lourde de conséquences. Wooh incarnait la modernité défensive camerounaise : physique, rapide et de plus en plus sûr dans ses relances. Son absence face à des adversaires qui ne demanderont qu’à contre-attaquer représente un risque majeur que Brys a choisi d’assumer.
Dans le même temps, le gardien Simon Ngapandouetnbu, pourtant élu joueur du mois de septembre par Montpellier, est également laissé de côté, renforçant l’impression d’un remaniement défensif profond, voire d’une certaine forme de rupture.
Le pari de l’éclat offensif
En contrepoint de ces absences, la convocation la plus symbolique est sans conteste celle de Frank Magri. L’attaquant du Toulouse FC, régulièrement utilisé par Brys, incarne l’une des options offensives sur lesquelles le sélectionneur compte pour faire la différence. Mais la véritable surprise vient d’ailleurs : l’appel, pour la première fois, de Karl Etta Eyong. Le jeune attaquant de 21 ans, auteur d’un début de saison tonitruant avec Levante (4 buts en 7 matches), est le coup de poker de cette liste. Brys mise clairement sur la fraîcheur et l’insolence pour dynamiter des défenses réputées compactes.
Aux côtés des cadres comme André-Frank Zambo Anguissa, Vincent Aboubakar et Bryan Mbeumo, ces nouveaux visages sont censés apporter l’étincelle qui a tant manqué lors de la défaite face au Cap-Vert (0-1) en septembre.
Une stratégie à haut risque pour une mission quasi impossible
Le plan de Brys semble limpide : pour rattraper un retard de quatre points sur le leader cap-verdien et se frayer un chemin, peut-être par les barrages, il faut gagner, et surtout marquer. Le sélectionneur a donc choisi de renforcer son armada offensive, quitte à déstabiliser son bloc défensif.
Cette stratégie du tout-attaque est-elle la bonne ? C’est toute la question. Peut-on se permettre de se priver d’un élément clé de la charnière pour des matches où le moindre point perdu pourrait être fatal ? La présence d’André Onana dans les buts rassure, mais elle ne suffira pas à colmater toutes les brèches.
Le public camerounais, assoiffé de retour au plus haut niveau, est partagé entre l’enthousiasme de voir éclore de nouveaux talents et la crainte de voir l’équipe sombrer par déséquilibre. Marc Brys joue son va-tout. Soit il passe pour un visionnaire qui a su réinventer l’attaque des Lions, soit pour un tacticien imprudent ayant précipité l’échec d’une campagne déjà compromise. La réponse, angoissante, se jouera sur les terrains de l’Île Maurice et de l’Angola. En attendant, le doute est plus que permis.
Emmanuel Ekouli
