YAOUNDÉ – Le scrutin présidentiel du 12 octobre 2025 n’était pas une élection. C’était un référendum. La question, posée avec une brutalité politique rare, était simple : pour ou contre la continuité ? Et le peuple, dans un élan dont la clarté confine au séisme, a rendu son verdict. Les premières leçons de cette journée historique dessinent une nouvelle carte politique, impitoyable pour certains, salvatrice pour d’autres.
Un référendum, pas une élection
D’entrée de jeu, l’analyse s’impose : la dispersion des voix, ce vieux démon de l’opposition camerounaise depuis 1992, a été pulvérisée. Le peuple, dans une démonstration de maturité souveraine, a choisi son candidat et lui a accordé massivement ses voix. En 2025, il a choisi son « bon diable », cristallisant son suffrage sur un homme plus que sur un programme. Le marché électoral s’est radicalement polarisé, ne consacrant que deux véritables protagonistes : Paul Biya et Cabral Libii. Mais le fossé entre eux reste abyssal, comparable à l’écart qui sépare un club de Coton Sport du Real de Madrid.
La fin des illusions
Cette consultation a sonné le glas de plusieurs chimères politiques. Le parti historique de l’opposition des années 1990, déjà en lambeaux, est désormais en voie de disparition totale. Plus significatif encore, la parenthèse du « fédéralisme communautaire », ouverte entre 2020 et 2025, s’est refermée brutalement et sans héritage. Ce projet, perçu comme une construction élitiste déconnectée des réalités populaires, a été balayé. Le refus d’écouter la base a été sanctionné. La preuve est faite : le peuple est devenu bien plus intelligent et stratège que nombre de politiciens ne pouvaient l’imaginer. Ils l’apprennent aujourd’hui à leurs dépens.
Le discours tribal, jadis instrumentalisé, a montré toutes ses limites. La théorie du « socle granitique » a révélé sa fragilité, tandis que des candidats s’appuyant sur un ethnicisme supposé, comme le Bamiléké KWEMO à l’Ouest ou le Bassa Cabral Libii à Eseka, ont été « séchés » par les urnes. Les électeurs ont tranché : l’appartenance communautaire ne suffit plus à fonder un vote.
Le renouveau citoyen et les doutes
L’un des enseignements les plus marquants est la mobilisation sans précédent des femmes. Des mères de famille, âgées de 28 à 40 ans, sont restées surveiller les votes jusqu’à tard dans la nuit, incarnant une vigilance citoyenne nouvelle. Parallèlement, l’inscription massive de nouveaux électeurs depuis 2023, motivée par une soif de changement, a incontestablement pesé dans la balance. Le report systématique des voix du MRC vers le FSNC illustre cette recomposition des alliances et des attentes.
Cependant, l’ombre du doute plane sur la transparence. Une information persistante révèle qu’en dehors d’ELECAM, la police municipale a conduit ses propres compilations, bureau de vote par bureau de vote, détenant ainsi une photographie indépendante des résultats réels sortis des urnes. Cette pratique interroge sur la confiance dans les institutions et soulève une question cruciale : si les résultats des urnes sont simplement respectés, nous serons tous vainqueurs au final.
Enfin, le changement du calendrier électoral a fait des ravages chez les maires sortants. Beaucoup, privés de la possibilité de défendre leur bilan local, ont été emportés par la vague référendaire nationale, carrément balayés de la surface de leur propre commune.
La présidentielle de 2025 restera comme celle de la clarification brutale. Le Cameroun a choisi sa voie. Reste à savoir si toutes les forces en présence accepteront le verdict sans équivoque de ce plébiscite.
Emmanuel Ekouli
