YAOUNDÉ – Un séisme politique d’une magnitude historique a secoué le Cameroun ce week-end. Plus de 24 heures après la fermeture des bureaux de vote de l’élection présidentielle 2025, Issa Tchiroma Bakary, figure de l’opposition, est sorti du silence pour annoncer sa propre victoire, écrasante selon lui, face au président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies. Dans une allocution solennelle et émouvante, diffusée dans la soirée, l’ancien ministre et porte-parole du gouvernement, devenu le fer de lance du changement, a proclamé l’avènement d’une “nouvelle ère”.

Devant une nation en suspens, M. Tchiroma a peint le tableau d’un peuple camerounais “debout”, ayant “bravé les menaces” et “affronté les intimidations” pour s’approprier son destin. Son discours, loin de toute exubérance triomphaliste, était un hommage appuyé à ces électeurs anonymes qui ont, raconte-t-il, “veillé dans les bureaux de vote jusqu’au bout de la nuit pour protéger leur voix”. “Ce courage, cette détermination resteront à jamais gravés dans la mémoire de notre Nation”, a-t-il déclaré, la voix chargée d’émotion.

La victoire du “peuple héro”

Le cœur de son message était un “merci” adressé au “peuple camerounais”, ces “véritables héros de cette victoire”. Il a salué la mémoire de tous ceux qui ont mené avant lui le combat pour la démocratie, ainsi que la sagesse des candidats qui lui auraient déjà adressé leurs félicitations. Ce dernier point, s’il se confirme, serait un tournant décisif, signant selon M. Tchiroma “le début d’une nouvelle ère où l’unité de l’opposition et de la société civile devient une force irrésistible”.

Mais c’est dans l’avertissement lancé à l’ancien régime que le ton a pris une gravité particulière. Le nouveau président autoproclamé a mis “le régime devant ses responsabilités : soit il montre sa grandeur en acceptant la vérité des urnes, soit il choisit de plonger le pays dans un tourment qui laissera une cicatrice indélébile”. Un message sans équivoque destiné à prévenir toute tentative de contestation du scrutin par les institutions en place.

Un appel solennel aux institutions et à l’armée

S’adressant directement aux “institutions” et aux “autorités administratives”, Issa Tchiroma les a enjoints de “ne pas se rendre ennemis du peuple qu’ils sont censés servir”. “Le temps de la peur, des manipulations et des faux calculs est révolu”, a-t-il asséné, définissant un nouveau cap : “Le seul camp qui compte aujourd’hui, c’est celui du Cameroun.”

Dans un geste stratégique et apaisant, il a également rendu hommage aux “forces de défense et de sécurité” pour leur “loyauté”, les appelant à “rester du côté de la République et de la paix”. “Ne laissez personne vous détourner de votre mission sacrée : protéger le peuple, et non un pouvoir”, a-t-il plaidé, dans un message visant clairement à s’assurer de la neutralité des militaires en cette période de transition ultra-sensible.

Une victoire “écrasante” et un plébiscite pour le changement

Sans divulguer de chiffres immédiats, M. Tchiroma a promis de publier “dans les jours qui viennent un rapport détaillé des votes par région”, compilé à partir des résultats affichés publiquement dans les bureaux de vote, conformément à la loi. C’est en évoquant ces résultats qu’il a lâché le mot qui résume l’ampleur de l’événement : la victoire est “écrasante”. Une victoire qui, insiste-t-il, “dépasse ma personne” et constitue une “sanction claire du régime en place et un plébiscite en faveur d’un changement immédiat”.

En conclusion, le regard tourné vers l’Histoire et le “monde entier” qui “nous regarde”, Issa Tchiroma a lancé un ultime appel au régime déchu : faire preuve de “grandeur” en honorant “la vérité des urnes par un geste attendu : ce coup de fil de félicitations” de Paul Biya. Un geste symbolique qui scellerait, selon lui, la “maturité politique de notre Nation”.

Alors que le soleil se lève sur un Cameroun transformé, les mots du nouveau président résonnent comme une promesse : “Aujourd’hui commence le Cameroun de l’espérance.” La balle est désormais dans le camp des institutions et de l’ancien pouvoir. Le pays retient son souffle, entre l’euphorie d’un changement radical et l’angoisse des derniers soubresauts d’une ère qui refuse peut-être de s’achever. La suite dépend de la réponse à cette question : Paul Biya passera-t-il ce coup de fil ?

Emmanuel Ekouli

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