YAOUNDÉ – Dans une décision visant à enrayer une crise de confiance et à protéger l’épargne des déposants, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) a pris la mesure forte de placer la Nouvelle financière africaine (NOFIA S.A.) sous administration provisoire pour une durée de six mois. Cette intervention, annoncée ce mercredi, souligne les difficultés financières traversées par l’établissement et la détermination du régulateur à préserver la stabilité du secteur financier de la sous-région.
Une décision préventive pour éviter le pire
Le spectre d’une faillite pure et simple a plané sur NOFIA S.A. Ces derniers mois, des rumeurs persistantes sur la santé financière de l’institution avaient commencé à ébranler la confiance de sa clientèle. Plutôt que d’assister à une dégradation inéluctable pouvant conduire à un scénario catastrophe, la COBAC a décidé d’anticiper. La procédure d’administration provisoire, prévue par les textes en vigueur, est une mesure conservatoire. Son objectif premier n’est pas la liquidation, mais le sauvetage.
Elle a pour but immédiat de « prévenir une dégradation de sa situation financière et de protéger les dépôts des clients », a précisé la COBAC dans son communiqué. Il s’agit d’un filet de sécurité pour les milliers de clients, particuliers et entreprises, qui avaient placé leur confiance et leurs fonds dans cette banque. Cette action rapide vise à empêcher une ruée vers les guichets qui aurait irrémédiablement scellé le sort de l’établissement.
Bogni Ngueya, l’homme de la situation
Pour piloter cette opération de sauvetage, la COBAC a désigné un administrateur provisoire en la personne de M. Bogni Ngueya. Expert financier chevronné et familier des procédures de redressement, sa mission est aussi délicate que cruciale. Il est investi de pouvoirs étendus pour prendre les rênes de la gestion quotidienne de NOFIA S.A., se substituant temporairement aux organes de direction en place.
Son mandat est double. Dans un premier temps, il doit « assurer la continuité des activités » de la banque. Concrètement, cela signifie que les agences doivent continuer à fonctionner, permettre aux clients d’effectuer des opérations essentielles et maintenir un semblant de normalité pour éviter la panique. Le second volet de sa mission, plus complexe, est de « rétablir des conditions normales d’exploitation ». Cela implique un diagnostic approfondi de la situation, l’identification des failles de gestion et des risques excessifs qui ont conduit la banque au bord du gouffre, et la mise en œuvre d’un plan de restructuration drastique.
Les défis à relever et l’impact sur le secteur
Les six mois à venir seront décisifs pour l’avenir de NOFIA S.A. M. Bogni Ngueya devra très probablement procéder à un assainissement des comptes, qui pourrait passer par la cession d’actifs non stratégiques, une restructuration de la dette et un renforcement des fonds propres, potentiellement via la recherche de nouveaux investisseurs. Des décisions difficiles concernant la direction et la gouvernance de l’établissement sont également attendues.
Cette mise sous tutelle de NOFIA S.A. envoie un signal fort à l’ensemble du secteur bancaire d’Afrique centrale. Elle démontre la vigilance active de la COBAC et sa volonté de ne pas laisser une institution financière mettre en péril la stabilité systémique. Si la mesure est rassurante quant à la capacité du régulateur à intervenir, elle rappelle aussi la fragilité de certains acteurs et l’impérieuse nécessité d’une gestion rigoureuse.
Le sort des employés et des clients de NOFIA S.A. est désormais entre les mains de l’administrateur provisoire. Toute la sous-région financière observe, espérant que cette cure de rigueur permettra à la banque de retrouver son équilibre et de servir à nouveau pleinement l’économie camerounaise et centrafricaine.
Emmanuel Ekouli
