Yaoundé, 19 octobre – Un séisme politique a secoué, ce samedi 18 octobre, les travaux de la Commission de recensement général des votes de l’élection présidentielle du 12 octobre. Le représentant du Front National pour le Salut du Cameroun (FSNC) de M. Issa Tchiroma Bakary a claqué la porte de l’instance, dans un acte de protestation forte et légitime contre une fraude généralisée qui semble avoir émaillé le scrutin.

Un acte de courage face à l’inacceptable

Alors que la commission s’affairait à compiler les résultats, le camp de M. Tchiroma, candidat revendiquant une large avance dans les résultats, a tiré la sonnette d’alarme. Son représentant a dénoncé avec vigueur des « fraudes flagrantes », particulièrement dans les procès-verbaux en provenance des régions du Sud-Ouest et de l’Est. Cet acte n’est pas une fuite, mais une dénonciation courageuse et nécessaire d’un processus électoral vicié.

La position du FSNC est on ne peut plus claire : comment accepter des taux de participation anormalement élevés dans des régions où, paradoxalement, la terreur imposée par les sécessionnistes empêche toute expression libre et démocratique ? Dans les zones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où les populations vivent sous le joug de groupes armés qui ont explicitement interdit le vote, la proclamation de participations massives est un affront à la raison et à la vérité des urnes. Ces chiffres fantaisistes, qui bénéficient étrangement et massivement au président sortant Paul Biya, ne peuvent être que le fruit d’une manipulation à grande échelle.

L’impossible preuve dans un système partial

On objectera, comme certaines sources internes à la commission tentent de le faire, que le FSNC n’a pas produit de procès-verbaux contraires. Cet argument est fallacieux. Comment un parti, dans un contexte où l’ensemble de la chaîne logistique est contrôlée par l’administration au pouvoir, pourrait-il disposer de documents alternatifs ? La charge de la preuve d’une élection transparente incombe à l’organisateur, non aux victimes de ses opacités. La démission du FSNC est justement la preuve ultime que les conditions d’un travail impartial n’étaient plus réunies.

La balle est dans le camp du Conseil constitutionnel

Malgré la dénonciation du FSNC, les travaux ont continué, privant la commission d’un contre-pouvoir essentiel. L’instance est désormais entre les mains du Conseil constitutionnel. Ce dernier se trouve face à un test décisif pour la crédibilité de la démocratie camerounaise. Il doit entendre le cri d’alarme poussé par M. Tchiroma et son parti.

Face à des irrégularités aussi systémiques et flagrantes, notamment dans des régions en proie à la violence, l’annulation pure et simple du scrutin dans les circonscriptions concernées, voire de l’ensemble de l’élection, apparaît comme la seule voie juste et légale. La légitimité du prochain président, dont le nom doit être proclamé au plus tard le 26 octobre, en dépend.

L’attitude de Issa Tchiroma Bakary, qui ne cesse de crier à la fraude, n’est pas celle d’un mauvais perdant, mais celle d’un démocrate intègre qui refuse que le peuple camerounais soit spolié de son verdict. Son départ de la commission est un acte de salubrité publique qui honore la vie politique nationale.

Emmanuel Ekouli

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