Alors que le Cameroun attend les résultats présidentiels, le ministre de l’Administration Territoriale persiste dans une rhétorique belliqueuse qui nie la complexité des attentes citoyennes.

Dans un communiqué publié ce lundi, le Ministre de l’Administration Territoriale, Paul Atanga Nji, a une nouvelle fois adressé une double missive au peuple camerounais. La première, lue, appelle au calme et à la confiance dans les institutions. La seconde, sous-jacente, martelée par l’habitude, est un rappel à l’ordre teinté de menaces et de mépris pour toute velléité de contestation. Ce double langage, devenu sa signature, fissure dangereusement le discours d’apaisement qu’il prétend porter.

Le préambule du communiqué semble emprunter les chemins de la raison. Le ministre « invite les citoyens à garder leur calme » et à faire preuve de « sang-froid » dans l’attente des résultats de la présidentielle. Des mots qui, dans la bouche d’un autre, auraient pu rassurer. Mais venant de M. Atanga Nji, ils sonnent creux, immédiatement submergés par le flot martial qui suit. La « sérénité » qu’il appelle de ses vœux est systématiquement conditionnée par l’ombre d’une répression imminente.

Le gouvernement, peut-on lire, « observe avec préoccupation la montée d’actes de provocation et de désordre entretenus par certains fauteurs de troubles, manipulés par des instigateurs dissimulés ». Cette rhétorique du complot, intérieur et extérieur, est un classique de l’appareil sécuritaire pour diaboliser toute opposition et justifier la muselière. Elle refuse de considérer la possibilité que l’agitation puisse naître d’un mécontentement profond, légitime, et non d’une manipulation. Elle infantilise le peuple, le dépeignant comme une masse facilement corruptible, incapable d’un jugement politique autonome.

La suite est sans ambiguïté : « L’État du Cameroun (…) ne tolérera aucune tentative d’insurrection ». Cette fermeté affichée serait peut-être recevable si elle n’était pas systématiquement couplée à des annonces qui font froid dans le dos. Vingt personnes interpellées à Garoua seront « déférées devant les tribunaux militaires » pour « insurrection ». Voilà la réponse de l’État à des actes d’incitation à la révolte : la justice militaire, réservée en principe aux pires menaces contre la sûreté de l’État. Instrumentaliser ces juridictions d’exception pour des faits liés à une contestation politique, même violente, est un signal fort et terrifiant. Cela transforme un citoyen mécontent en un ennemi de l’État à abattre, criminalisant ainsi la dissidence dans son essence.

Paul Atanga Nji, dans son rôle de « super-gendarme », semble se complaire dans cette posture de chef de guerre face à un ennemi intérieur fantasmé. Son langage n’est pas celui d’un unificateur, d’un garant du dialogue et des institutions républicaines qu’il prétend défendre. Il est celui du commandant d’une place forte assiégée, où toute critique est une trahison et toute manifestation, une insurrection. Cette communication par la peur et la menace est une insulte à l’intelligence des Camerounais. Elle laisse entendre que la seule paix possible est celle du cimetière, une paix imposée par la terreur des tribunaux d’exception et la surveillance généralisée.

Comment, dans ces conditions, appeler à la « confiance » ? La confiance se construit dans la transparence, le dialogue et le respect des droits de chacun, y compris celui de contester. Elle ne se décrète pas sous la menace d’une comparution devant un tribunal militaire. En exhortant les populations à « se désolidariser de toute entreprise subversive », le ministre trace une ligne rouge floue et mouvante : est subversif tout ce que le pouvoir qualifie comme tel.

En cette période cruciale, le Cameroun a besoin de ponts, pas de murs. Il a besoin de dirigeants qui écoutent les pulsations de leur peuple, ses colères et ses espoirs, plutôt que de brandir en permanence le spectre de la guerre civile. La véritable force d’une nation réside dans sa capacité à gérer le pluralisme et la contestation par le droit et la justice civile, non par la force brute et l’intimidation. Le « langage martial » de M. Atanga Nji n’est pas un gage de stabilité ; c’est le symptôme d’un pouvoir qui, ne parvenant plus à convaincre, ne sait plus que contraindre. Et un peuple que l’on contraint trop finit toujours, un jour, par se lever.

Yimga Senga Paule Sandra

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