Les délégations des deux pays ont conclu deux jours de discussions techniques, visant à activer un mécanisme de coopération sécuritaire dans l’est de la RDC. Si la communauté internationale salue ces progrès, la méfiance reste de mise à Kinshasa, où l’on exige des preuves tangibles de l’engagement rwandais.
Washington, 22 octobre 2025 – Sous les auspices de la communauté internationale, la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont engagé, les 20 et 21 octobre à Washington, un nouveau round de discussions critiques. L’enjeu ? Relancer une dynamique de paix fragile et concrétiser les engagements sécuritaires pris de longue date. Cette troisième session du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité s’est tenue dans un climat de dialogue, mais teinté d’une méfiance persistante qui rappelle la complexité du dossier.
Activer le levier sécuritaire
Au cœur des négociations : l’activation tant attendue du « Concept des opérations » (Conops). Ce cadre technique, pierre angulaire de l’accord de paix signé en juin dernier, devait initialement être opérationnel depuis le 1er octobre. Son objectif est clair : établir un mécanisme vérifiable de coopération sécuritaire pour désamorcer les tensions dans l’est de la RDC, une région meurtrie par des décennies de conflits où Kigali est régulièrement accusé de soutenir des groupes rebelles. Les délégations ont planché sur les modalités pratiques de son déploiement, une étape présentée comme indispensable pour instaurer une confiance minimale et prévenir toute escalade.
L’« Accord de Washington », scellé le 27 juin, est salué par les capitales occidentales et les Nations Unies comme une avancée majeure. Il incarne l’espoir d’une réconciliation durable entre deux voisins dont les relations ont été empoisonnées par des accusations réciproques d’agression, de soutien à des milices et de déstabilisation. La tenue de cette troisième session, dans la continuité des pourparlers de septembre, démontre une volonté affichée de maintenir le dialogue, malgré les obstacles.
Le spectre du scepticisme à Kinshasa
Cependant, à Kinshasa, l’optimisme affiché par les médiateurs est tempéré par un scepticisme profond. Loin des salles climatisées de Washington, la classe politique et la société civile congolaise observent avec une vigilance accrue. Pour eux, les beaux discours et les signatures au bas d’un protocole ne suffisent plus. Ils réclament des actes tangibles et des garanties incontestables.
« Nous sommes ouverts au dialogue, mais nous ne serons pas dupes. L’histoire nous a appris la prudence », souligne un membre éminent de la société civile de Goma. La demande est unanime : le Rwanda doit faire la preuve de son engagement sincère en cessant tout soutien au groupe armé M23 et en œuvrant concrètement au désarmement des factions opérant en territoire congolais. Sans ces gestes forts sur le terrain, la crainte est grande de voir cet accord rejoindre le cimetière des bonnes intentions, comme tant d’autres avant lui.
Un chemin étroit vers la paix
La route vers une paix durable dans la région des Grands Lacs reste semée d’embûches. Si la reprise du dialogue à un niveau aussi soutenu est en soi un signe positif, la défiance congolaise est le plus grand défi à surmonter. La réussite de ce processus ne se mesurera pas dans les salles de conférence, mais sur les collines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’activation effective du Conops, suivie d’une baisse visible des violences, sera le premier vrai test de la volonté commune des deux pays. En attendant, l’espoir et le doute se livrent une bataille sans merci, reflet d’une région à la croisée des chemins.
Seudio Tchakounté Sandrine Joëlle
