Garoua, 23 octobre 2025 – Le Pr Jean Calvin Aba’a Oyono, figure intellectuelle et politique camerounaise, a été empêché de rencontrer Issa Tchiroma Bakary à Garoua, dans des circonstances qui jettent une lumière crue sur les méthodes de contrôle du régime en place. Cet incident, survenu mercredi, illustre les entraves systématiques aux libertés fondamentales dans un pays où la démocratie semble n’être qu’un vain mot.

Un ordre venu d’en haut

Alors qu’il s’apprêtait à rencontrer Issa Tchiroma Bakary – que de nombreux observateurs estiment avoir été le véritable vainqueur de la dernière présidentielle avec près de 70% des voix –, le Pr Aba’a Oyono s’est vu notifier, à son arrivée à l’aéroport de Garoua, une interdiction verbale de poursuivre sa mission. « Un responsable de la police nationale m’a signifié avoir reçu l’ordre verbal venant de Yaoundé pour un retour immédiat », a-t-il déclaré. L’échange téléphonique dont il a été témoin ne laisse planer aucun doute : la décision émanait des plus hautes sphères du pouvoir.

La Constitution, un « chiffon de papier »

Dans un récit détaillé de l’incident, le professeur fustige un pouvoir qui bafoue allègrement les droits constitutionnels. « La liberté d’aller et de venir ainsi que la sécurité juridique (…) apparaissent dès lors comme un chiffon de papier », dénonce-t-il, soulignant la dérive autoritaire d’un système prêt à tout pour se maintenir. Cette entrave à la libre circulation des personnes et des idées n’est malheureusement pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une logique plus large d’étouffement de toute opposition.

Un pays devenu « prison à ciel ouvert »

Le Cameroun, sous la présidence de Paul Biya, semble s’enfoncer dans une dictature sans fard. Les élections ne sont que des mises en scène, des parodies de démocratie où la fraude et la coercition remplacent le verdict des urnes. Le cas d’Issa Tchiroma Bakary, empêché de capitaliser sur sa victoire volée, et aujourd’hui inaccessible à ses propres collaborateurs, en est la triste démonstration. « Nous n’avons pas encore pris la mesure de ce que le Cameroun est une prison à ciel ouvert », assène le Pr Aba’a Oyono.

La peur, méthode de gouvernement

La méthode est rodée : la peur, l’intimidation, l’« embastillement » et les « assassinats coutumiers » sont érigés en mode de gouvernance. Mais face à cette « brutalité ambiante et savamment entretenue », la résistance s’organise. « Ma liberté est fondamentalement non négociable », clame le professeur, promettant de répondre à « la brutalité par une brutalité plus intense ». Un langage fort qui traduit l’exaspération grandissante d’une population lasse de décennies de sacrifices inutiles.

L’impasse politique

Alors que le Cameroun est enlisé dans des crises multiples, le pouvoir, accroché à ses privilèges, semble préférer la répression au dialogue. L’interdiction de cette rencontre à Garoua n’est pas qu’un simple fait divers ; c’est le symptôme d’un régime malade, qui se sait illégitime et qui ne se maintient que par la force. La communauté internationale, souvent silencieuse, ne peut plus ignorer la dérive dictatoriale de Yaoundé. L’appel du Pr Aba’a Oyono est un cri d’alarme : celui d’un pays étouffé, mais dont la détermination à « tourner la page » ne faiblit pas. Le combat pour les jeunes générations est engagé, et il sera long.

Emmanuel Ekouli

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