Le rideau de fumée d’un régime en déliquescence

Yaoundé, 27 octobre – Le silence assourdissant des ambassades occidentales dans les travées du Conseil constitutionnel, lundi, en dit long sur la déliquescence d’un système. Alors que la rumeur, habilement distillée, tentait de laisser croire à une présence française, un fait demeure, cristallin et implacable : les chancelleries des États membres de l’Union européenne ont tourné le dos à cette mascarade. Ce boycott diplomatique n’est pas un simple incident de protocole. C’est un coup de poignard symbolique porté à la légitimité d’un pouvoir illégitime, un verdict sans appel rendu par la communauté internationale contre la fraude institutionnalisée.

La Cour Constitutionnelle, censée incarner le gardien suprême de la loi, n’est plus que la chambre d’enregistrement des oukases du palais d’Étoudi. Sous son vernis de respectabilité juridique, elle n’est que le dernier maillon, certes essentiel, d’une chaîne de forfaiture. Comment pourrait-il en être autrement ? Sa mission, ces derniers jours, n’a pas été de dire le droit, mais de sanctifier le pillage électoral orchestré par ELECAM et le régime Biya. Elle a validé sans sourciller des résultats sortis tout droit des cuisines du Rassemblement démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), authentifiant ainsi un hold-up démocratique.

ELECAM, prétendue institution indépendante, est la machine à frauder du système. Ses dirigeants, des sbires loyaux d’un pouvoir sénile, ont transformé le processus électoral en une vaste opération de prédation. Des listes électorales fantaisistes à la manipulation du scrutin en passant par le trafic des procès-verbaux, tout est conçu pour assoir la pérennité d’une clique qui a pris le pays en otage depuis des décennies. Ce « groupuscule », comme vous le dénoncez si justement, agit en véritable mafia d’État, confisquant les ressources, étouffant les libertés et bafouant les aspirations du peuple camerounais.

Le « système Biya » est un cancer qui ronge les entrailles de la nation. Fort de ses 43 années de pouvoir autocratique, il a érigé la corruption en mode de gouvernance et la violence politique en méthode de conservation du pouvoir. Ses réseaux, ses « sbires », comme vous les nommez, sont partout : dans l’administration, l’armée, les tribunaux. Ils sont les exécutants zélés d’une entreprise de destruction massive de l’espoir. La fraude électorale n’est pas un accident ; elle est l’émanation naturelle, la respiration même de ce système pourri jusqu’à la moelle.

Le boycott des ambassadeurs n’est donc pas une surprise. C’est la seule réponse digne face à une parodie de justice et à une farce électorale. En refusant de cautionner de leur présence la proclamation de résultats truqués, les démocraties occidentales envoient un message clair : ils ne sont pas dupes. Ils voient, comme tout le monde, ce régime de non-droit qui se maintient par la terreur, la fraude et la désinformation.

Aujourd’hui, le Cameroun est à la croisée des chemins. D’un côté, un pouvoir moribond, accroché à ses privilèges, se drapant dans une légalité de pacotille fabriquée par ses propres juges aux ordres. De l’autre, un peuple, une jeunesse dynamique et avide de changement, qui étouffe sous le joug de cette kleptocratie. Le silence des diplomates est un cri d’alarme. Il est temps que le masque tombe. Il est temps que la vérité des urnes, la seule, celle du peuple, triomphe de la vérité des bailleurs de fonds du régime. La légitimité ne se décrète pas dans le secret des palais ; elle naît dans l’isoloir et dans le cœur des citoyens. Tout le reste n’est que littérature et complicité avec l’oppression.

Emmanuel Ekouli

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