Entre justice à deux vitesses, détentions illégales et droits humains bafoués, Yaoundé s’enfonce dans l’inquiétude. Le 07 novembre 2025, Yaoundé a offert au monde un spectacle judiciaire trouble, inquiétant et surtout, déshumanisant.

121 citoyens, interpellés dans un contexte qualifié par la défense d’« inquisition post-électorale », ont été déférés — mais dans une confusion qui frise l’arbitraire absolu.
52 d’entre eux ont été conduits au Tribunal militaire de Yaoundé, 69 au Tribunal de première instance de Yaoundé Centre administratif, dont 9 mineurs. Deux juridictions, deux poids, deux mesures. Un seul pays, une seule loi ? Apparemment non.

Un renvoi en détention sans motif
Devant le Tribunal militaire, aucune audience, aucune inculpation, aucune justification.
Le Commissaire du gouvernement a simplement ordonné le renvoi des 52 personnes dans leurs lieux de détention :
4 au SCRJ,
Les autres à la Légion de Gendarmerie.
Le plus inquiétant ? Leur garde à vue est juridiquement terminée. Ils devraient être libres. Ils restent pourtant incarcérés.
Sans motif. Sans décision motivée. Sans droits.
Trois noms, un mystère
Le Président EKANE Anicet, DJEUKAM TCHAMENI et le Pr ABA’A OYONO Jean-Calvin, interpellés dans les mêmes circonstances, n’ont pas été présentés au tribunal.
Pourquoi ? Le silence est total.
Même la défense, pourtant présente, confesse n’avoir reçu aucune explication.

Des familles dans le noir
Pire, une trentaine d’autres interpellés par la police auraient été transférés en secret vers Ntui, dans un centre de détention non identifié.
Leurs familles, abandonnées au désarroi, les cherchent encore.
Me Hippolyte BT MELI, avocat de la défense, l’affirme : ces méthodes s’apparentent à de la déportation illégale, un procédé qui ouvre la porte aux disparitions forcées, crime reconnu par le droit international.

Des arrestations… au faciès ?
Selon les avocats, les interpellations ne reposent sur :
aucun mandat,
aucune infraction clairement établie,
aucun critère judiciaire perceptible.
Elles seraient fondées sur le faciès, suivies de gardes à vue abusivement prolongées, dans des conditions contraires au droit camerounais et aux conventions internationales sur les droits humains.

Justice ou roulette judiciaire ?
Pourquoi 52 personnes au Tribunal militaire (juridiction d’exception) et 69 au civil, pour un même contexte d’arrestation ?
Aucun critère n’a été communiqué. Aucun fondement juridique visible.
La défense parle de « main noire », redoutant une instrumentalisation de la justice pour contourner un procès équitable.

Une zone de non-droit inquiétante
Rappel crucial : le SCRJ et la DPJ n’ont compétence qu’en matière de terrorisme et grand banditisme.
Or, rien n’indique publiquement que les 121 personnes arrêtées relèvent de ces catégories.
Les Commissariats de police, eux, n’ont aucun pouvoir légal pour opérer certaines de ces détentions ou transferts.

Les grandes questions
Dans quel pays :
la garde à vue expire mais la détention continue ?
Des citoyens sont déplacés vers des lieux inconnus ?
La justice se divise selon des critères opaques ?
Des mineurs sont jetés dans le rouleau compresseur judiciaire ?
Les familles sont laissées sans nouvelles de leurs proches ?
Certainement pas dans un État qui se revendique de droit.

Un appel à la lumière
L’opinion nationale et internationale doit savoir :
121 personnes ne sont pas des chiffres. Ce sont des vies. Des familles. Des droits.
Et les droits, même suspendus, ne peuvent jamais être enterrés dans l’ombre.

Charles Chacot Chimé

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