Une région en proie à des crises multiformes causées par des conflits armés, des violations massives des droits humains, des déplacements forcés, l’Afrique subsaharienne, et en particulier la République démocratique du Congo (RDC), est le théâtre de crises complexes qui compromettent la stabilité régionale et la dignité humaine.
Le monde est aujourd’hui confronté à une recrudescence de conflits localisés, notamment en Afrique, où les guerres tribales, les tensions ethniques et les génocides fragilisent les fondements de la paix. Dans ce contexte, la mise en place de mécanismes communautaires de consolidation de la paix, de protection des droits humains et de résilience locale apparaît comme une nécessité urgente.
La RDC, symbole d’une crise prolongée
Depuis plus de trente ans, la République Démocratique du Congo traverse une crise sécuritaire, politique et humanitaire profonde. La prolifération des groupes armés, qu’ils soient nationaux ou étrangers, s’accompagne de violations répétées des droits humains, de l’obstruction de l’espace civique, de violences sexuelles, de l’enrôlement d’enfants soldats, de déplacements forcés et de conflits interethniques.
Depuis janvier 2025, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont le théâtre d’affrontements violents entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles du M23. Ces combats ont provoqué une crise humanitaire aiguë, marquée par des déplacements massifs de populations, des violences sexuelles contre les femmes et les filles, ainsi qu’une absence quasi totale d’assistance humanitaire.
Les organisations humanitaires et les acteurs de la société civile rapportent chaque jour des violations graves, telles que les bombardements d’écoles et d’hôpitaux, les pillages, les assassinats, les tortures, les détentions arbitraires et les enrôlements forcés d’enfants.
L’insécurité affecte tous les aspects de la vie, elle étouffe l’économie locale, détruit les infrastructures, compromet la dignité humaine et rend la survie quotidienne de plus en plus difficile.
Une guerre pour les ressources
Dans cette région, la guerre est aussi une guerre économique. La persistance des groupes armés est alimentée par l’exploitation des richesses naturelles. Bien que certains revendiquent des objectifs politiques ou ethniques, leur survie dépend souvent du contrôle des zones minières.
Cette lutte pour les ressources engendre des violations massives des droits humains, perpétrées tant par les groupes armés que par certains membres des autorités civiles et militaires, parfois impliqués dans l’exploitation illégale ou parallèle de ces ressources.
Les causes profondes d’une crise systémique
Les racines de cette crise sont multiples et entremêlées, la faiblesse ou l’absence de l’autorité de l’État dans certaines zones, l’enclavement des régions rurales et urbaines, l’accès limité aux services de base, la répétition des conflits communautaires, l’absence de gouvernance participative et la méconnaissance des droits humains.
Plus de 500 groupes armés opèrent dans l’Est de la RDC, certains en appui aux FARDC, d’autres totalement incontrôlés. Les femmes sont souvent exclues des instances de décision. L’impunité règne pour les auteurs de violations. Les mécanismes communautaires de protection sont absents, tout comme les cadres de concertation entre autorités, jeunes, femmes et organisations locales.
Un appel à l’expression citoyenne
Face à cette situation, les populations du Sud-Kivu expriment un besoin urgent, disposer d’espaces d’expression et d’action. Des lieux où chaque citoyen, en particulier les plus vulnérables et les groupes marginalisés, peut faire entendre sa voix, s’organiser et agir. Car c’est dans cette parole et cette mobilisation que réside l’espoir d’un avenir différent, où la paix et la justice sociale ne sont pas des idéaux lointains mais des réalités vécues, où les droits des femmes et des personnes marginalisées sont respectés et garantis, où l’égalité des chances devient une promesse tenue et non un simple slogan, et où les communautés, debout et solidaires, refusent de céder à la fatalité.
Depuis la RDC, Sylvie Nabintu
