Douala, 17 novembre 2025 – La convocation apparemment routinière de Serge Espoir Biyong, maire adjoint de Douala V, par l’administration du Wouri, révèle avec une clarté cynique les méthodes du régime de Paul Biya pour réduire au silence toute opposition. Alors que les autorités affirment l’avoir interrogé sur son « manque de sérieux » dans son travail municipal , la vérité est ailleurs, plus sombre et plus familière : Biyong a simplement osé déclarer publiquement que le candidat de l’opposition, Issa Tchiroma Bakary, avait remporté l’élection présidentielle du 12 octobre . Un crime de lèse-régime.
Le prétexte administratif, masque d’une intimidation politique
La mise en scène était presque parfaite. Entouré de gendarmes, de policiers et d’agents des services secrets, Syliac Mvogo, l’autorité administrative du Wouri, a feint de s’inquiéter de l’assiduité de l’élu. Pourtant, aucun mot sur la déclaration qui a valu à Biyong cette convocation : sa reconnaissance de la victoire de Tchiroma, pourtant soutenue par des milliers de Camerounais . Pis, son avocate, Maître Alice Kom, s’est vue refuser l’accès à l’entretien, bafouant le droit à une défense équitable. Cette mascarade administrative rappelle les avertissements du ministre Paul Atanga Nji : « la qualité de candidat […] ne confère aucune immunité » . Pour un simple élu, la menace est démultipliée.
Un pays étouffé par la répression
Cette affaire n’est qu’un épisode dans la vaste campagne de répression déclenchée après la réélection contestée de Paul Biya, 92 ans, au pouvoir depuis 1982 . Le régime a répondu aux manifestations pacifiques par des balles réelles et des arrestations de masse. Selon Human Rights Watch, au moins 48 personnes ont été tuées par les forces de sécurité, et près de 2 000 arrêtées, dont des mineurs . Des témoins décrivent des scènes de violence insoutenable : un jeune de 15 ans abattu dans le dos à Bafoussam, un commerçant tué à Douala . L’Union européenne et l’Union africaine ont dénoncé un « recours excessif à la violence » , mais le pouvoir camerounais reste sourd aux condamnations.
La peur comme outil de gouvernance
Derrière ces convocations et ces répressions, un objectif clair : instiller la peur pour étouffer toute dissidence. Le régime de Paul Biya, dont la légitimité est fragilisée par une victoire avec seulement 53,66 % des voix – son score le plus bas depuis des décennies –, ne tolère plus même les symboles d’opposition. Issa Tchiroma Bakary, qui a revendiqué sa victoire avec 54,8 % des suffrages , est aujourd’hui ciblé, ses partisans traqués. Les « procès-verbaux » publiés par son camp, bien que contestés, ont mis en lumière les irrégularités du scrutin . La réponse des autorités ? Des menaces, des assaults et une répression aveugle.
Le Cameroun à la croisée des chemins
La convocation de Serge Espoir Biyong est un microcosme de la tragédie camerounaise. Sous couvert de procédures administratives, le régime Biya continue de piétiner les droits fondamentaux, réduisant l’espace démocratique à peau de chagrin. La communauté internationale, si elle est sérieuse dans son engagement pour les droits humains, doit aller au-delà des déclarations de principe et exiger des comptes. Le peuple camerounais, lui, retient son souffle, entre espoir étouffé et crainte de nouvelles violences. Comme le résume un habitant de Garoua : « La violence peut exploser à tout moment » . Le monde regarde-t-il ?
Emmanuel Ekouli
