Alors que la Communauté Urbaine de Douala lance une nouvelle formation pour 5000 conducteurs, le secteur reste confronté à des défis structurels non résolus.

Douala – La dernière annonce de la Communauté Urbaine de Douala (CUD) sonne comme un air connu. Sous l’impulsion de son maire, Roger Mbassa Ndine, un programme « exceptionnel » de formation gratuite au permis de catégorie A pour 5 000 mototaximens a été lancé, avec pour noble ambition d’améliorer la sécurité routière et de professionnaliser le secteur. Si l’intention affichée est louable, cette initiative suscite un scepticisme profond chez de nombreux observateurs et principaux concernés, qui y voient une énième mesure cosmétique qui refuse de s’attaquer aux racines du mal.

Une communication politique qui masque mal les lacunes persistantes

Le maire de Douala n’en est pas à son premier coup d’essai en matière de promesses de professionnalisation. Déjà en juillet 2024, une vaste campagne d’enrôlement et de formation avait été lancée, avec la remise de chasubles homologuées et la promesse de permis de conduire . Pourtant, sur le terrain, les conducteurs se heurtent à une réalité bien différente. Dans les commentaires d’une publication officielle de la CUD, des mototaximens se plaignent amèrement : « Vous m’envoyez des messages que ma chasuble est disponible et dès que j’arrive là-bas, on me dit “ce n’est pas disponible, reviens dans 1 mois” », témoigne un usager, soulignant le décalage entre la communication et l’exécution .

Ce sentiment est renforcé par le fait que ces actions sont régulièrement mises en scène dans un cadre politique plus large. En juillet 2024, une réunion avec près de 200 leaders de mototaximens a rapidement viré à la scène de mobilisation pour le parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) . Le maire Mbassa Ndine lui-même a présenté ces formations comme un accomplissement de la politique du chef de l’État, fusionnant allègrement action publique et campagne électorale . Cette récupération politique jette une ombre sur la sincérité des efforts entrepris et alimente la défiance.

Les vrais problèmes structurels restent dans l’angle mort

Alors que la CUD vante ses formations, les problèmes fondamentaux que dénoncent les conducteurs depuis des années ne semblent pas être une priorité.

· Tracasseries et insécurité : Loin des beaux discours sur la professionnalisation, les mototaximens dénoncent les tracasseries routières incessantes et le manque d’espaces de stationnement sécurisés . Ces difficultés quotidiennes, qui entravent leur travail et leur revenu, ne sont pas résolues par l’obtention d’un permis.
· Défaut de suivi et de logistique : Comme le montrent les retards dans la distribution des chasubles ou les délais d’obtention des permis, la logistique et le suivi concret des programmes annoncés font cruellement défaut. Un conducteur questionne : « Où est le sérieux dans tout ça ? » , une interrogation qui résume le sentiment d’abandon face à des administrations défaillantes.
· Une approche fragmentée : Contrairement à une vision holistique adoptée ailleurs, comme au Tchad où la ministre des Transports écoute les doléances et annonce la reconnaissance officielle de la profession avec une stratégie plus globale , l’approche de la CUD semble se limiter à des actions ponctuelles, sans plan d’ensemble pour améliorer durablement les conditions de vie et de travail des conducteurs.

Pour une action publique sincère et efficace

Il est indéniable que la formation et la régularisation des mototaximens sont nécessaires. Cependant, à force de lancer des programmes « exceptionnels » qui servent davantage la communication politique que l’intérêt général, les autorités risquent de creuser encore le fossé de la défiance avec les citoyens.

La jeunesse de Douala, qui trouve dans cette activité une source de revenus vitale, mérite mieux que des effets d’annonce. Elle mérite une action publique transparente, sincère et surtout, efficace, qui s’attaque enfin aux racines des problèmes : la corruption, le manque d’infrastructures et la précarité économique. Jusque-là, les formations, qu’elles soient pour 5 000 ou 20 000 personnes, ne seront perçues que comme des rustines sur un pneu à plat, incapables de remettre le véhicule de la politique urbaine sur la voie du progrès réel.

Yimga Senga Paule Sandra

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