Yaoundé, le 20 novembre 2025 – L’entrée en fonction de Raymond Ynaraja comme nouveau Représentant régional de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour l’Afrique centrale, mercredi 19 novembre 2025, a été l’occasion de célébrer le renforcement des liens entre le Cameroun et ses partenaires européens. Si cette collaboration affiche des ambitions louables, elle soulève aussi des questions sur son adéquation avec les besoins réels des populations et la souveraineté économique camerounaise.

Une coopération tripartite réaffirmée
La journée a débuté par la remise des lettres de créance de M. Ynaraja à S.E. Félix Mbayu, ministre délégué auprès du MINREX, chargé de la Coopération avec le Commonwealth. Puis, une audience au ministère de l’Économie, en présence du chef de la Délégation de l’Union européenne au Cameroun, a permis de mettre en avant des projets structurants, à l’instar du tronçon T3 de la voie de contournement de Yaoundé. Les échanges ont également porté sur les réformes de la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30) et les possibilités de financements futurs, incluant prêts souverains et subventions .

Entre ambitions et dépendance
Le parcours de Raymond Ynaraja, qui a piloté des projets comme l’usine sénégalaise de vaccins contre la COVID-19, témoigne de l’expertise de la BEI. Ce projet, présenté comme un moyen de réduire la dépendance africaine aux importations, illustre aussi les limites de ce modèle : un coût estimé entre 100 et 200 millions d’euros, financé à grand renfort de fonds étrangers (Team Europe, Banque mondiale) . Le Cameroun, qui mise sur la BEI pour concrétiser sa SND30, devra veiller à ce que cette coopération n’alourdisse pas sa dette publique sans garanties de retombées durables.

Des priorités à clarifier
Si la BEI a annoncé un programme d’1 milliard d’euros pour la santé en Afrique, les projets camerounais actuels – comme la route de Yaoundé – concernent majoritairement les infrastructures. Pourtant, le pays a des besoins criants dans les domaines de la santé et de l’énergie. Le ministre Alamine Ousmane Mey rappelait récemment l’objectif de porter la capacité énergétique à 5 000 MW d’ici 2030, avec des projets comme le barrage de Kikot (500 MW), qui peine à boucler son financement . La BEI saura-t-elle s’aligner sur ces priorités, plutôt que de suivre un agenda prédéfini ?

Une souveraineté en suspens
L’enthousiasme officiel ne doit pas masquer les risques d’une dépendance accrue. Le Cameroun importe encore 99 % de ses vaccins , et les financements étrangers dominent les grands projets. La BEI, par son rôle, peut influer sur les orientations économiques nationales. Il appartient donc aux autorités camerounaises de garantir que cette coopération s’inscrive dans une vision de long terme, respectueuse des spécificités locales.

La nomination de Raymond Ynaraja marque une nouvelle étape dans la coopération Cameroun-BEI. Reste à savoir si elle se traduira par un partenariat équilibré, créateur de valeur ajoutée locale, ou si elle renforcera une dépendance peu compatible avec les objectifs d’un développement souverain et inclusif. La vigilance s’impose.

Seudio Sandrine

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