Tandis que la famille de Martinez Zogo pleure un journaliste torturé et assassiné, les soutiens de Jean-Pierre Amougou Belinga militent pour sa libération, illustrant une moralité à géométrie variable dans un Cameroun en crise.
Date : 21 novembre 2025
Il fallait oser. Alors que le corps mutilé de Martinez Zogo, journaliste emblématique spécialisé dans la dénonciation de la corruption, était retrouvé en janvier 2023 après des jours de torture , une campagne insolente prend aujourd’hui de l’ampleur : réclamer la libération de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, accusé d’avoir commandité ce crime odieux. Un véritable crachat à la face de la justice et des valeurs humaines fondamentales.
Un crime atroce, des accusés bien connectés
Martinez Zogo a été enlevé, torturé et assassiné pour avoir dénoncé des détournements de fonds publics impliquant des personnalités influentes . L’enquête a conduit à l’arrestation de plusieurs individus, dont Amougou Belinga, propriétaire du groupe de médias Vision 4, et Léopold Maxime Eko Eko, ancien chef des services de renseignement (DGRE) . Les détails de l’affaire sont glaçants : le journaliste a été séquestré dans un immeuble appartenant à l’homme d’affaires, où il aurait été torturé en présence de ce dernier, selon le témoignage du directeur des opérations de la DGRE . Pire, un appel aurait été passé au ministre de la Justice Laurent Esso pendant les sévices, illustrant des complicités jusqu’au sommet de l’État .
La mascarale judiciaire et les tentatives d’étouffement
Malgré la gravité des faits, les procédures judiciaires piétinent. Les avocats d’Amougou Belinga ont multiplié les recours, demandant l’annulation des poursuites et invoquant des “vices de procédure” . En juillet 2025, la cour d’appel du Centre a rejeté une de leurs requêtes, maintenant l’accusé en détention . Mais les soutiens de l’homme d’affaires, arguant de son influence médiatique et politique, continuent de le présenter comme une victime. Une attitude qui reflète l’impunité systémique dénoncée par des organisations comme Reporters sans frontières (RSF) et Human Rights Watch .
Le régime du “Renouveau”, incubateur de l’impunité
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de promesses non tenues par le régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 42 ans. Le “Renouveau” devait incarner la rigueur, la moralisation et la prospérité. En réalité, il a institutionnalisé la corruption, la privatisation des institutions et la persécution des voix critiques . Aujourd’hui, 6 régions sur 10 sont en proie à l’insécurité, et des milliers de Camerounais fuient le pays chaque année . Dans ce climat, la libération d’Amougou Belinga symboliserait la consécration d’une justice à deux vitesses : impitoyable envers les petits, clémente envers les puissants.
Le sourire forcé face au naufrage moral
Face à ce spectacle consternant, il ne reste effectivement que le sourire – non pas de la complicité, mais du dégoût. Alors que des “journalistes” formés dans les médias d’Amougou Belinga sont célébrés pour leur rôle dans la réélection de Paul Biya , leur mentor incarne l’horreur d’un système où la vie humaine pèse moins que les ambitions politiques. Libérer Amougou Belinga ? Ce serait signer l’arrêt de mort définitif de la justice au Cameroun.
Parfait Janvier Onambélé, un citoyen désabusé
