Le 30 novembre 2025, les Camerounais éliront leurs conseillers régionaux. À Mfou, dans la région du Centre, la candidature de Marie Jeanne Zanga attire l’attention. Non pas pour son appartenance supposée au RDPC mais parce qu’elle interroge la capacité des régionales à devenir un véritable instrument de gouvernance locale. Dans un paysage où plusieurs femmes se présentent ailleurs, son profil mérite un focus particulier. Proximité avec les femmes et les jeunes, ancrage dans les milieux culturels, expérience sociale et associative, elle incarne une possibilité de rupture avec la routine politique et de donner aux régionales une légitimité que le pays attend depuis trop longtemps.
Mfou, un territoire stratégique et symbolique
Mfou n’est pas une commune anodine. Située dans la région du Centre, elle se trouve à la fois proche de Yaoundé et enracinée dans des dynamiques rurales. C’est un espace où se croisent les logiques urbaines et villageoises, où les jeunes cherchent des opportunités, où les femmes portent l’économie informelle, où les acteurs culturels défendent une mémoire et une identité souvent invisibilisées. Être candidate à Mfou, c’est accepter de se confronter à une réalité complexe, faite de contrastes et de tensions, mais aussi de potentialités.
Dans ce contexte, la candidature de Marie Jeanne Zanga prend une dimension particulière. Elle ne se limite pas à une ambition personnelle. Elle traduit une volonté de donner aux régionales une pertinence sociale et politique. Car depuis leur création en 2020, les conseils régionaux peinent à convaincre. Trop souvent perçus comme des structures périphériques, ils n’ont pas réussi à s’imposer dans l’imaginaire collectif. Les électeurs doutent de leur utilité, soupçonnent un recyclage des logiques de clientélisme et peinent à voir en eux un levier de développement.
Une candidature qui déplace les lignes
Dans ce paysage incertain, plusieurs femmes se présentent cette année dans différentes régions. C’est un signe encourageant, mais encore timide. La présence féminine reste marginale, souvent perçue comme une caution symbolique. Pourtant, la candidature de Zanga à Mfou se distingue. Elle ne se contente pas d’être une femme dans un univers dominé par les figures masculines. Elle revendique une légitimité fondée sur l’expérience vécue, sur la proximité avec les femmes qui tiennent l’économie informelle, avec les jeunes en quête d’opportunités, mais aussi avec les acteurs culturels qui donnent souffle et identité aux territoires.
Sa présence dans les cercles artistiques et associatifs lui confère une capacité rare : relier la gouvernance aux imaginaires collectifs, donner une voix aux créateurs, aux porteurs de mémoire et aux acteurs culturels trop souvent marginalisés dans les débats institutionnels. Dans une région où la culture est souvent reléguée au second plan, son engagement auprès des milieux artistiques et patrimoniaux est une force. Elle rappelle que la gouvernance locale ne peut se réduire à la gestion des budgets ou à la répartition des postes. Elle doit intégrer les dynamiques sociales, économiques et culturelles qui structurent la vie quotidienne.
Dépasser les étiquettes partisanes
Il serait trop facile de lire sa candidature à travers le prisme du RDPC. Certes, le parti dominant irrigue la plupart des institutions locales. Mais réduire Zanga à une proximité partisane serait une erreur. Elle représente autre chose. La possibilité de faire des régionales un espace de gouvernance crédible, où la politique ne se limite pas à la redistribution de postes mais devient un outil de légitimation sociale. Sa candidature est un révélateur. Voulons-nous des conseillers régionaux invisibles ou des élus capables de transformer la décentralisation en levier de développement et de reconnaissance culturelle ? Soit !
Ce qui distingue Zanga, c’est sa capacité à articuler inclusion sociale et vitalité culturelle. Elle ne parle pas seulement de budgets ou de programmes. Elle parle de femmes qui veulent accéder aux ressources, de jeunes qui cherchent des opportunités, d’artistes qui veulent que leur voix compte. Elle relie les réalités quotidiennes aux enjeux institutionnels. Elle fait de la gouvernance locale un espace de dialogue entre les marchés et les ateliers, entre les villages et les scènes culturelles.
Les attentes d’une gouvernance inclusive
Les électeurs de Mfou, comme ailleurs, n’attendent plus des représentants invisibles. Ils veulent une voix forte pour l’inclusion, capable de transformer les femmes et les jeunes en acteurs du développement régional. Ils espèrent une médiation efficace entre institutions et communautés, une traduction des besoins quotidiens en politiques régionales. Ils exigent une vision prospective, penser la région comme un espace durable où l’innovation sociale, la vitalité culturelle et la gouvernance participative deviennent des leviers.
Dans ce sens, la candidature de Zanga est un test grandeur nature. Elle oblige à poser la question : les régionales sont-elles destinées à reconduire les logiques de redistribution de postes ou peuvent-elles devenir un laboratoire de gouvernance inclusive. Si elle réussit, ce sera moins une victoire de parti qu’une victoire de la gouvernance locale.
Le pari d’une gouvernance crédible
Au fond, l’enjeu dépasse la personne de Marie Jeanne Zanga. Il s’agit de savoir si le Cameroun est prêt à reconnaître que la décentralisation ne se mesure pas au nombre de sièges occupés mais à la qualité des profils qui les portent. Sa candidature est un pari. Celui d’une gouvernance crédible, attentive aux voix des marchés comme aux voix des artistes, soucieuse de relier l’économie informelle aux dynamiques institutionnelles, et capable de donner aux régionales une légitimité sociale et politique.
À Mfou, ce pari prend une dimension particulière. Parce que ce territoire est à la fois rural et proche de la capitale, parce qu’il concentre les tensions et les aspirations du pays, parce qu’il est un miroir des défis de la décentralisation. Si Zanga réussit à convaincre, ce sera un signal fort. Non seulement pour les femmes et les jeunes, mais pour l’ensemble du pays. Car la gouvernance locale ne peut plus être une périphérie. Elle doit devenir un centre. Et Marie Jeanne Zanga a le profil qu’il faut !
Baltazar Atangana
