Alors que le gouvernement présente un budget en hausse de 14% pour 2026, le doublement du déficit et le recours massif à l’endettement soulèvent des questions sur la soutenabilité des finances publiques.
Le projet de loi de finances camerounais pour 2026, déposé fin novembre à l’Assemblée nationale, dessine les contours d’une ambition économique affirmée. Avec un budget équilibré en recettes et en dépenses à 8 816,4 milliards de FCFA, en hausse de 14% par rapport à 2025, l’exécutif mise sur une relance par la dépense publique . Ce budget, qui s’inscrit dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement (SND30), fait cependant peser de lourdes incertitudes sur la résilience financière du pays, alors que les besoins de financement explosent et que la dette atteint des niveaux préoccupants.
Une croissance projetée optimiste face à des faiblesses structurelles
Le programme économique du gouvernement table sur une accélération de la croissance, estimée à 4,3% en 2026, contre 3,9% en 2025 . Cette prévision repose sur la performance attendue du secteur non pétrolier, tandis que le secteur pétrolier devrait continuer à stagner . Cette vision optimiste contraste avec les analyses d’institutions internationales comme la Banque mondiale, qui pointent du doigt de « multiples faiblesses structurelles, en particulier le manque d’infrastructures », comme autant d’entraves au potentiel de l’économie . Malgré une inflation en repli, la croissance projetée pour 2026 reste bien en deçà de l’objectif de 8% fixé par la SND30 pour faire du Cameroun une économie émergente en 2035 .
Le doublement du déficit budgétaire : un pari risqué
Le point le plus critique du budget 2026 réside dans l’envolée du déficit public. Le déficit global est estimé à 631 milliards de FCFA, plus du double de celui de 2025 . Cette dégradation s’explique par une forte augmentation des dépenses, notamment les charges de personnel, les biens et services, les transferts et le service de la dette . Pour combler ce déficit et honorer ses engagements, l’État devra trouver 3 104,2 milliards de FCFA de financements supplémentaires . Cette somme colossale sera principalement recherchée via l’endettement, alourdissant un peu plus le fardeau financier du pays.
Une stratégie de financement qui alourdit le fardeau de la dette
Le plan de financement pour 2026 est particulièrement agressif. Il prévoit de recourir à :
· 1 000 milliards de FCFA d’emprunts extérieurs
· 826,7 milliards de FCFA de prêts projets
· 589,7 milliards de FCFA de financements bancaires
· 400 milliards de FCFA via l’émission de titres publics
Ces nouveaux emprunts s’ajouteront à une dette publique déjà considérable, qui s’élevait à 14 237 milliards de FCFA (45,6% du PIB) fin 2024 . Le Cameroun est d’ailleurs classé par le FMI et la Banque africaine de développement comme présentant un « risque élevé de surendettement » , un avertissement que le budget 2026 semble ignorer.
Une trajectoire budgétaire sous haute surveillance
Le budget 2026 du Cameroun est un acte de foi dans la capacité de l’État à dépenser pour croître. Cependant, cette stratégie comporte des risques majeurs. L’écart entre les ambitions affichées et les fragilités économiques sous-jacentes, combiné à une dépendance croissante à l’endettement dans un contexte de risque de surendettement déjà élevé, place le pays sur une corde raide. La crédibilité de ce programme budgétaire ne se jugera pas seulement à la hauteur des dépenses engagées, mais à la capacité des autorités à exécuter efficacement ce budget, à maîtriser l’évolution de la dette et à transformer enfin les dépenses publiques en une croissance inclusive et durable pour les Camerounais.
Emmanuel Ekouli
