Le Cameroun a battu le Gabon. Le tableau d’affichage retiendra l’essentiel, l’histoire officielle se contentera du résultat, et les comptables du football inscriront trois points dans la colonne adéquate. Mais ceux qui regardent le jeu sans œillères, ceux qui auscultent les lignes plutôt que les chiffres, savent qu’il y a des succès qui inquiètent davantage qu’ils ne rassurent.

Car cette victoire camerounaise, si elle est réelle, n’est ni souveraine ni probante. Elle est même, disons-le sans fard, fragile.Face à un Gabon loin d’être impérial, les Lions Indomptables ont montré un visage paradoxal : dominateurs par séquences, mais fébriles dans leur structure. Le secteur défensif a vacillé à plusieurs reprises, offrant des espaces indus, flirtant dangereusement avec la rupture. Les frayeurs concédées n’étaient pas anecdotiques ; elles étaient symptomatiques d’un déséquilibre latent, d’un bloc parfois mal coordonné, presque distrait.
Plus préoccupant encore, le milieu de terrain s’est révélé tatillon, hésitant, parfois englué dans une gestion trop prudente du tempo. Peu d’autorité, peu de verticalité, une circulation de balle souvent scolaire, presque timorée. Or, dans une compétition de cette densité, l’indécision se paie comptant.

Le Cameroun avance, certes, mais il avance sans majesté, sans cette assurance tellurique qui a jadis forgé sa légende continentale. Et c’est là que le bât blesse, car dimanche prochain se profile un tout autre calibre : la Côte d’Ivoire.
Face aux Éléphants, champions en titre, l’approximation ne sera plus tolérée. La moindre largesse défensive, la moindre imprécision dans l’entrejeu pourrait se transformer en sentence immédiate. Ce match ne se jouera pas seulement sur l’impact ou l’orgueil, mais sur la rigueur tactique, la maîtrise collective et la lucidité dans les temps faibles.
Dans ce contexte, David Pagou est désormais au pied du mur. Le sélectionneur camerounais devra faire preuve de discernement et de courage : rééquilibrer son milieu, resserrer son bloc défensif, clarifier les rôles. Il ne s’agira plus de gérer, mais de trancher. Plus question de bricolage ou de demi-mesures ; la Côte d’Ivoire n’accorde aucun droit à l’erreur.

Le Cameroun est toujours en vie, toujours dangereux, toujours capable d’éclats. Mais pour l’heure, il avance sur une ligne de crête, entre promesse et précarité. Dimanche dira s’il s’agit d’un géant en train de se réveiller… ou d’un colosse aux fondations encore friables.
Le football, lui, n’attend jamais longtemps pour répondre.

Mireille Ngosso

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