La phase de poules aime les illusions. Elle permet aux prudents de se cacher derrière le calendrier, aux prudents de s’abriter derrière les « matchs de réglage », aux grandes nations de vivre sur leur réputation. Mais ce temps-là est terminé. Avec l’ouverture de la deuxième journée de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc, la compétition cesse d’être complaisante. Elle commence à démasquer.

Dans les poules A et B, le classement agit déjà comme un miroir sans indulgence. Et certains n’aiment pas ce qu’ils y voient.

Dans la poule A, le Maroc trône en tête avec trois points et le confort du pays organisateur. Mais cette position, loin d’être une protection, est un piège : elle impose. Il ne s’agit plus de bien jouer, mais de dominer. Derrière, le Mali et la Zambie stagnent dans une neutralité dangereuse, ce no man’s land où l’on ne gagne pas, mais où l’on peut tout perdre. Quant aux Comores, déjà sans point, ils ont quitté le territoire du projet pour entrer dans celui de l’urgence, là où le courage ne suffit plus.

Zambie – Comores n’est pas un match. C’est un aveu attendu.

Celui d’une Zambie capable d’assumer son statut, ou celui d’une équipe incapable de convertir ses ambitions en actes.
Pour les Comores, il n’est même plus question de calcul : il s’agit de refuser l’effacement.

Puis viendra Maroc – Mali, et là, plus d’ambiguïté possible. Soit le Maroc s’installe comme patron incontestable, soit il révèle une fragilité que ses poursuivants exploiteront sans pitié. Le Mali, lui, n’a rien à perdre et tout à dévoiler : soit il confirme sa maturité tactique, soit il expose ses limites structurelles.

Dans la poule B, la situation est encore plus cruelle. L’Égypte et l’Afrique du Sud se partagent la tête, mais cette égalité est trompeuse.

L’histoire protège l’Égypte, la dynamique soutient l’Afrique du Sud. Ce duel ne départagera pas seulement deux équipes, il opposera un héritage à une audace.
Derrière, l’Angola et le Zimbabwe, déjà à zéro point, s’affrontent dans ce que la langue du football appelle pudiquement un match décisif, mais qui ressemble davantage à une élimination anticipée. Perdre aujourd’hui, c’est sortir du récit. Gagner, c’est seulement rester mentionné.
La deuxième journée ne fait pas de cadeaux.

Elle expose les bluffeurs, réduit les prétendants et rappelle une vérité simple :
dans cette CAN, la réputation ne vaut plus rien sans la preuve immédiate.
Le classement ne ment pas.
Il accuse.

Mireille Ngosso

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