Maroc, Algérie, Sénégal, Nigeria, Égypte, Mali, Cameroun, Côte d’Ivoire : tous là, alignés comme dans un conseil de guerre continental. Les puissances sont au rendez-vous. Les discours lénifiants sur la « surprise africaine », eux, peuvent aller se rhabiller.
L’Algérie, d’abord, est passée par la porte étroite, frôlant l’humiliation avant de se hisser, au forceps, face à une République démocratique du Congo aussi courageuse qu’imprécise. Une qualification arrachée dans la pénombre des prolongations, sur un but salvateur, presque expiatoire. Rien de flamboyant, mais une survie assumée. À ce stade, on ne joue plus pour séduire, on joue pour durer.
La Côte d’Ivoire, elle, n’a laissé aucune place à l’illusion burkinabé. Trente minutes d’autorité clinique, deux buts, et une démonstration de hiérarchie sans fioritures. Le reste ne fut qu’une lente confirmation de supériorité. Certains parleront de maîtrise, d’autres de froideur. En vérité, c’était de la domination pure.
Et voilà donc un tableau de quarts que l’on qualifie déjà de « rêve », comme pour masquer une réalité plus crue : cette CAN est celle de l’ordre rétabli. Les grands ont repris leur place, les romantiques sont rentrés chez eux, et l’Afrique du football s’apprête à régler ses comptes entre héritiers légitimes.
À Tanger, le Sénégal défiera le Mali dans un duel de constance contre témérité. À Rabat, le Maroc, porté par son statut d’hôte, fera face à un Cameroun sans complexe, mais jamais sans arrière-pensées. Et à Marrakech, samedi, ce sera l’apothéose avant l’heure : Nigeria–Algérie, un choc de muscles, d’egos et de mémoires, où l’ombre tutélaire de Riyad Mahrez planera sur chaque ballon.
Qu’on ne s’y trompe pas : cette CAN ne sacre pas l’audace, elle consacre la permanence. Et dans ce bal des puissants, il n’y aura ni indulgence, ni poésie. Seulement des vainqueurs… et des regrets éternels
Mireille Ngosso
