Il y a des victoires qui élèvent. Et d’autres qui embarrassent l’Histoire. La qualification du Maroc pour les demi-finales de cette CAN 2025 appartient, hélas, à la seconde catégorie : celle des triomphes sous tutelle, des succès sous cloche, des consécrations sous perfusion institutionnelle.

L’élimination du Cameroun, déjà ensevelie sous une avalanche de communiqués diplomatiques et de prudences lexicales, transpire pourtant l’odeur rance de la manipulation procédurale. Arbitrage erratique, décisions asymétriques, tempo réglementaire élastique : le quart de finale de Rabat n’a pas seulement opposé deux équipes, mais un onze contre une architecture entière de bienveillance organisée.

Et ce malaise n’est pas neuf.
Car comment ne pas exhumer le huitième de finale contre la Tanzanie, lorsque le Maroc, déjà vacillant, fut sauvé par l’invisible : un penalty flagrant, quasi liturgique dans sa netteté, refusé aux Tanzaniens sans justification intelligible, sinon celle – indicible – de l’intérêt supérieur du spectacle… ou plutôt de l’hôte.
Depuis, la mécanique s’est huilée.

La CAF, autrefois garante vacillante mais encore respectable, semble désormais pratiquer une jurisprudence d’hospitalité : le pays organisateur ne doit pas perdre. Il doit avancer. Quitte à tordre le règlement comme une cire chaude, quitte à transformer la neutralité arbitrale en variable décorative.

Le football africain, lui, regarde.

Il regarde ses principes se dissoudre dans le formol des arrangements feutrés.

Il regarde ses petites nations comprendre que l’exploit n’est toléré qu’à condition de ne pas déranger l’agenda.
Il regarde l’équité devenir une fiction protocolaire, récitée mais jamais appliquée.
Oui, le Maroc est en demi-finale.

Mais cette qualification a le goût métallique des victoires sous perfusion, le parfum âcre des succès sous influence, la texture friable des légitimités frelatées.

La CAN 2025 devait être une fête.

Elle devient un précédent.
Et dans les annales, on n’écrit pas seulement les scores.
On grave aussi les soupçons.

Mireille Ngosso

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