À l’approche du 8 mars 2026, Journée internationale des droits des femmes, le Cameroun se trouve à un moment charnière. La commémoration du 6 février, marquant le lancement des activités de la JIF au Cameroun par le MINPROFF, consacrée à la tolérance zéro contre les mutilations génitales féminines, rappelle l’urgence de protéger les corps et les destins des filles. Mais cette lutte ne peut être isolée. Elle s’inscrit dans un paysage plus vaste où l’accès aux soins, l’hygiène menstruelle et la reconnaissance des besoins spécifiques des femmes deviennent des enjeux de dignité et de justice sociale.
Briser le silence entre traditions et résistances
Les mutilations génitales féminines ne sont pas seulement une pratique médicale dangereuse. Elles incarnent une tension entre héritage culturel et droits humains. Dans certaines communautés camerounaises, elles sont perçues comme un rite de passage, une marque d’appartenance. Mais derrière cette justification se cache une violence qui fragilise les corps et enferme les femmes et les jeunes filles dans une logique de soumission. Les campagnes internationales, relayées par l’OMS, insistent sur les conséquences irréversibles, douleurs chroniques, complications obstétricales, traumatismes psychologiques (OMS, 2023). Au Cameroun, la baisse progressive des taux de prévalence témoigne d’une prise de conscience, mais la résistance demeure. La nuance est là, il ne s’agit pas seulement de dénoncer mais de comprendre les ressorts sociaux qui maintiennent ces pratiques afin de les déconstruire sans stigmatiser les communautés.
Menstruations entre tabou et politique publique
L’hygiène menstruelle révèle une autre facette de la santé des femmes, une marginalisation silencieuse souvent reléguée au second plan. Les menstruations, phénomène biologique universel, restent entourées de tabous qui alimentent la honte et l’exclusion. Les chiffres de l’UNICEF montrent qu’une adolescente sur cinq en Afrique subsaharienne manque régulièrement l’école faute de produits adaptés (UNICEF, 2024). Au Cameroun, cette réalité se traduit par des absences scolaires, une baisse de performance et parfois un abandon. Mais réduire le problème à une simple question de produits hygiéniques serait trop simpliste. Il s’agit aussi de briser les représentations sociales, de créer des espaces de dialogue, d’intégrer l’hygiène menstruelle dans les politiques publiques. La nuance est essentielle, investir dans des infrastructures sanitaires, oui, mais aussi dans l’éducation et la sensibilisation afin que les menstruations cessent d’être un motif d’exclusion.
Le 8 mars comme convergence des luttes
La Journée internationale des droits des femmes ne peut se contenter d’être une vitrine symbolique. Elle doit devenir un espace de convergence où les combats contre les mutilations et pour l’hygiène menstruelle se rejoignent. Ces luttes, en apparence distinctes, portent une même exigence, garantir aux femmes un accès réel aux soins, une protection contre les violences et une reconnaissance de leurs besoins spécifiques. ONU Femmes rappelle que l’égalité en matière de santé est une condition essentielle pour bâtir des sociétés inclusives et résilientes (ONU Femmes, 2025). Le 8 mars 2026 doit être l’occasion de dépasser les discours convenus pour poser des choix politiques clairs, investir dans la santé des femmes non pas comme une faveur mais comme une priorité nationale. La nuance ici est de taille, il ne s’agit pas seulement de célébrer les femmes mais de transformer les commémorations en leviers d’action où dignité et liberté deviennent des réalités tangibles.
Marie Suzanne Menyié Atangana
