Les importations en provenance du Togo ont explosé de 36% en un an, atteignant 162,7 milliards FCFA au deuxième trimestre 2025. Une performance qui consacre le rôle stratégique du port de Lomé comme hub régional.
Une petite révolution s’opère dans les flux commerciaux d’hydrocarbures en Afrique centrale. D’après les dernières données de l’Institut national de la statistique (INS) du Cameroun, le Togo a solidement pris position en tant que deuxième fournisseur du Cameroun en huiles de pétrole et produits pétroliers raffinés au deuxième trimestre 2025. Une ascension spectaculaire qui détrône des acteurs traditionnels et redessine la carte des approvisionnements énergétiques de la sous-région.
Une croissance vertigineuse confirmée
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre avril et juin 2025, le Cameroun a importé pour 162,7 milliards de FCFA de carburants et autres produits raffinés en provenance du Togo. Une somme colossale, en très forte hausse par rapport aux 119,7 milliards FCFA enregistrés sur la même période en 2024, soit une progression de près de 36% en un an. Cette accélération confirme une tendance de fond amorcée ces dernières années, mais qui atteint en 2025 une ampleur inédite, plaçant le Togo juste derrière… lui-même.
En effet, une analyse fine révèle que le Togo, qui ne produit pas de pétrole brut, agit principalement comme un gigantesque pivot logistique. La clé de cette réussite réside dans les infrastructures et la position géostratégique du port autonome de Lomé.
Lomé, la plateforme incontournable
« Ce classement s’explique principalement par le rôle croissant du port de Lomé comme plateforme de transbordement et de réexportation de produits pétroliers vers les pays de la sous-région, dont le Cameroun », confirme l’INS. Doté de terminaux à hydrocarbures parmi les plus performants et les plus profonds de la côte ouest-africaine, Lomé est devenu le point de déchargement privilégié des méthaners et pétroliers géants en provenance d’Europe, des Amériques ou du Moyen-Orient.
Les produits y sont ensuite reconditionnés, stockés dans d’immenses dépôts, puis réexpédiés via des caboteurs ou par la route vers les pays voisins, notamment le Cameroun, le Niger, le Burkina Faso ou le Mali. Cette activité de “hub” offre une flexibilité et une réactivité précieuses pour sécuriser les approvisionnements intérieurs camerounais, parfois vulnérables aux fluctuations de la production locale de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et de la raffinerie SONARA, dont la réhabilitation complète reste attendue.
Enjeux et perspectives pour le Cameroun
Cette dépendance accrue vis-à-vis de Lomé pose à la fois des opportunités et des questions. D’un côté, elle diversifie les sources d’approvisionnement et peut contribuer à une plus grande stabilité des stocks. De l’autre, elle expose le pays aux aléas logistiques, tarifaires et géopolitiques d’une plateforme étrangère.
Les experts camerounais appellent donc à une accélération des investissements dans les capacités nationales de stockage et de logistique, ainsi qu’à la finalisation des travaux à SONARA, pour reconquérir une plus grande souveraineté énergétique. Dans l’immédiat, cependant, la tendance est claire : Lomé a su saisir sa chance et s’imposer comme le carrefour incontournable du carburant en Afrique de l’Ouest, au point de nourrir en énergie un géant économique voisin comme le Cameroun. Un modèle économique qui, à défaut de puits de pétrole, fait du Togo un acteur majeur sur l’échiquier énergétique régional.
Emmanuel Ekouli
