Le Premier ministre annonce le développement d’une application d’IA pour accélérer l’instruction des demandes et soulager les préfectures.
Face à l’engorgement chronique des services des visas, le gouvernement français passe à l’offensive technologique. Ce samedi, lors d’un entretien avec la presse régionale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le développement d’une application basée sur l’intelligence artificielle (IA) destinée à accélérer le traitement des demandes de visas et à “soulager le travail de nos agents”.
Cette décision intervient dans un contexte de pression administrative intense. En 2025, la France a délivré plus de 3 millions de visas à des touristes, travailleurs ou étudiants étrangers. Un chiffre qui illustre l’attractivité du pays, mais qui met aussi en lumière les limites d’un système régulièrement en surtension, source d’attentes longues et d’incertitudes pour les demandeurs.
“Il faut pouvoir accepter ou refuser plus vite les demandes”, a insisté Sébastien Lecornu. “J’ai demandé au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez et au ministre délégué en charge de la fonction publique, David Amiel, de développer une application d’intelligence artificielle pour accélérer le traitement des visas”, a-t-il précisé, dévoilant les contours d’un projet qui entend moderniser en profondeur la gestion de ce flux.
L’objectif affiché est double : améliorer significativement les délais pour les usagers, tout en allégeant la charge mentale et administrative des fonctionnaires. Concrètement, cette IA devrait assister les agents dans les phases de première analyse des dossiers. Elle pourrait, par exemple, procéder à une vérification préliminaire de la complétude des documents fournis, repérer d’éventuelles incohérences flagrantes ou catégoriser les demandes selon leur type et leur complexité. Cette pré-analyse permettrait aux agents humains de se concentrer sur le cœur de leur métier : l’examen approfondi des situations, l’évaluation des risques et la prise de décision finale.
Le gouvernement insiste sur le fait que l’outil sera un “assistant” et non un “remplaçant”. La responsabilité de l’octroi ou du refus d’un visa restera in fine entre les mains des agents de l’administration, l’IA se contentant de traiter les tâches répétitives et de trier l’information.
Un projet en plusieurs phases
La mise en œuvre se fera de manière progressive et prudente. Selon Matignon, l’application sera d’abord testée dans cinq préfectures pilotes, notamment en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, régions parmi les plus concernées par le volume de demandes. Cette phase de test cruciale permettra d’évaluer l’efficacité réelle de l’outil, d’ajuster ses algorithmes et de former les agents à son utilisation.
Si les résultats sont concluants, l’ambition est de généraliser le dispositif sur l’ensemble du territoire d’ici à 2027. Ce calendriel place le projet dans une perspective de moyen terme, visant une transformation structurelle de l’administration des visas.
Cette annonce s’inscrit dans la lignée des efforts engagés par l’État pour digitaliser ses services publics. Elle soulève aussi des questions, notamment sur la protection des données personnelles traitées par ces systèmes d’IA, sur les biais algorithmiques potentiels et sur la nécessaire formation des personnels. Le gouvernement devra veiller à ce que ce progrès technologique s’accompagne de garanties éthiques et humaines fortes, pour que la recherche de l’efficacité administrative ne se fasse pas au détriment de l’équité et de l’examen personnalisé de chaque dossier. La voie de l’IA est ouverte, mais son succès dépendra de la justesse de sa mise en œuvre.
Emmanuel Ekouli
