Le Trésor public camerounais procédera le 17 février 2026 à une levée de fonds sur le marché des titres publics de la BEAC, avec l’émission d’Obligations du Trésor assimilables (OTA) d’une maturité inédite de 15 ans. Une opération qui illustre la stratégie du pays pour allonger la courbe des taux et sécuriser des financements à long terme.
Yaoundé – C’est une émission qui sort des sentiers battus du marché financier sous-régional. Selon le calendrier prévisionnel des émissions de titres publics du premier trimestre 2026, publié par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le Cameroun prévoit une levée de fonds d’un montant de 15 milliards de FCFA, via des Obligations du Trésor assimilables (OTA) d’une durée exceptionnelle de 15 ans.
L’opération, fixée au 17 février 2026, s’inscrit dans une volonté manifeste de l’État camerounais de diversifier ses sources de financement tout en allongeant significativement la maturité de sa dette. Une stratégie qui tranche avec les émissions classiques à 2, 3, 4 ou 5 ans, habituellement privilégiées par les pays de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad, RCA).
Une première pour une maturité aussi longue
Si les OTA ne sont pas une nouveauté pour le Cameroun, qui y recourt régulièrement depuis plusieurs années, le choix d’une échéance de 15 ans constitue en revanche une première. Cette décision intervient dans un contexte où les États de la sous-région cherchent à réduire leur exposition au risque de refinancement et à lisser leurs charges d’intérêt sur le long terme.
« C’est un signal fort envoyé aux investisseurs. Le Cameroun teste la capacité du marché à absorber des titres longs, ce qui pourrait ouvrir la voie à d’autres émissions de ce type si la demande suit », analyse un spécialiste des marchés financiers à Douala.
Un calendrier chargé pour le premier trimestre
L’émission du 17 février n’est qu’une des nombreuses opérations programmées par le Trésor camerounais au premier trimestre 2026. Le calendrier de la BEAC fait également état de plusieurs émissions de Bons du Trésor assimilables (BTA) de court terme, à 26 et 52 semaines, prévues en janvier, février et mars.
Cette programmation s’inscrit dans le cadre de la stratégie d’endettement du pays, qui vise à mobiliser environ 450 milliards de FCFA sur le marché sous-régional en 2026. Une ambition qui reflète les besoins croissants de financement de l’État, dans un contexte budgétaire toujours contraint.
Un test pour la liquidité du marché
Au-delà de l’enjeu pour le Cameroun, cette émission constituera un test grandeur nature pour la liquidité du marché des titres publics de la Cemac, dont la profondeur reste limitée malgré les réformes engagées par la BEAC.
Les investisseurs institutionnels régionaux — fonds de prévoyance, compagnies d’assurance, banques commerciales — seront particulièrement observés. Leur appétit pour des titres aussi longs sera déterminant pour la réussite de l’opération.
« Avec une maturité de 15 ans, le Cameroun propose un produit qui correspond davantage aux besoins de placement long terme des investisseurs institutionnels. C’est une forme d’assurance-vie pour l’émetteur, mais cela suppose un pricing attractif et une confiance durable dans la signature de l’État », souligne un analyste basé à Libreville.
La BEAC, chef d’orchestre du marché unique
C’est la BEAC qui pilote cette émission, conformément à son rôle d’institut d’émission et de régulateur du marché des titres publics dans la zone Cemac. Depuis la mise en place du marché unique en 2019, la banque centrale s’efforce d’harmoniser les procédures et de garantir l’égalité de traitement entre les États emprunteurs.
Reste à savoir quel sera le taux de rendement proposé pour cette OTA à 15 ans. Dans un environnement où les tensions inflationnistes commencent à s’apaiser dans la sous-région, le Cameroun devra trouver le bon équilibre entre attractivité pour les investisseurs et soutenabilité de sa charge de la dette.
L’opération du 17 février 2026 sera en tout cas scrutée avec attention, tant par les trésors publics des autres pays de la Cemac que par les opérateurs financiers régionaux. Elle pourrait marquer un tournant dans la structuration du marché obligataire de la zone.
Emmanuel Ekouli
