Yaoundé – Alors que l’État camerounais s’apprête à poser la première pierre de deux nouvelles universités publiques, une voix autorisée de la diaspora scientifique s’élève pour suggérer une orientation résolument tournée vers le futur. Dans une lettre ouverte adressée ce lundi 16 mars 2026 au chef de l’État, le Pr Bruno Eto, éminent spécialiste camerounais des sciences du médicament, a formulé une série de propositions concrètes visant à faire de ces futures institutions de véritables pôles d’excellence technologique.

À la tête du Conseil Scientifique Africain pour l’Innovation en Santé (CSAIS) et du Groupe Etobiotech International, le Pr Eto commence par saluer la « vision » et « l’engagement constant » du Président Paul Biya en faveur du développement scientifique. Mais au-delà des hommages d’usage, sa missive, rédigée depuis Paris, entre dans le vif du sujet en proposant un cahier des charges académique ambitieux.

« Nous souhaiterions très respectueusement suggérer que ces nouvelles institutions puissent être conçues comme des universités à forte orientation technologique », écrit le scientifique. Selon lui, le Cameroun possède une opportunité unique de créer des établissements qui ne se contenteraient pas de délivrer des savoirs classiques, mais qui formeraient des experts capables de répondre aux défis du 21e siècle et de valoriser les immenses richesses du pays.

Un campus dédié aux métiers de demain

Le Pr Eto ne se contente pas de généralités. Sa proposition détaille des spécialisations précises et novatrices pour le paysage universitaire camerounais. Il imagine ces universités comme des centres de pointe dans les biotechnologies et sciences du vivant, domaines dans lesquels il est un expert reconnu. Il met également l’accent sur l’intelligence artificielle et les technologies numériques avancées, secteurs clés de la compétitivité mondiale.

L’accent est également mis sur le développement endogène, avec la proposition de filières dédiées à la transformation industrielle des ressources naturelles (mines, agriculture, agro-industrie). Le Pr Eto insiste sur la nécessité de créer une industrie nationale compétitive de phytomédicaments et de produits de santé à base des plantes du Bassin du Congo. Pour protéger ces innovations, il recommande la création de cursus en droit de la propriété intellectuelle et industrielle, un maillon souvent faible mais indispensable pour capter la valeur ajoutée de la recherche locale.

La santé au cœur de l’innovation

En tant que professeur en sciences du médicament, le président du CSAIS consacre un volet important de sa lettre aux applications médicales. Il propose l’introduction de la phytopharmacologie clinique, une discipline étudiant les interactions entre les médicaments d’origine naturelle et l’organisme. Face aux maladies émergentes, cette science pourrait positionner le Cameroun comme un leader dans la recherche de nouveaux traitements issus de sa biodiversité.

Par ailleurs, il plaide pour une intégration des technologies de pointe dans le secteur biomédical, citant pêle-mêle la biomécatronique, la robotique et l’électronique appliquées à la santé. Cette approche, selon lui, créerait des « métiers d’avenir » et des débouchés concrets pour la jeunesse.

Le fond avant la forme

Sur la forme, le Pr Bruno Eto adresse une recommandation méthodologique forte au gouvernement. Il souligne l’importance de « définir en priorité le contenu scientifique et pédagogique des formations, avant de déterminer les structures et infrastructures qui les accueilleront ». Un appel à ne pas reproduire l’écueil de bâtiments construits sans un projet pédagogique cohérent et ambitieux.

« Notre démarche ne se veut en aucun cas une exigence, mais plutôt une contribution constructive », précise l’universitaire, qui dit s’appuyer sur son expérience quotidienne de la recherche et de l’enseignement.

Alors que le Cameroun vise officiellement l’émergence, cette lettre ouverte a le mérite de lancer un débat de fond sur le type de savoir que le pays souhaite produire et transmettre. Reste à savoir si les hautes sphères de l’État, saisies par cette « Très Haute Attention », intégreront ces pistes dans la planification des futures universités. Pour le Pr Eto, l’enjeu est clair : faire du Cameroun un « pôle de recherche appliquée de haut niveau » en Afrique centrale.

Emmanuel Ekouli

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