Yaoundé, 18 mars 2026 – Ils étaient des centaines dès l’aube devant le tribunal du Mfoundi. Des photos d’un enfant aux yeux rieurs, cerclées de noir, flottaient dans la foule. Ce mercredi, la justice camerounaise a rendu son verdict dans l’affaire “Bébé Mathys” : Dagobert Nwafo, 62 ans, a été condamné à la peine capitale par fusillade pour l’assassinat du petit Ouandji Nathanaël Mathis, 6 ans.

Le tribunal a également ordonné le versement de 500 millions de FCFA de dommages à la famille et 25 millions à l’État. Dehors, des cris de soulagement ont éclaté, mêlés aux larmes.

Le drame qui a bouleversé le pays

Tout a commencé le 10 mai 2025 à Ngoa-Ekélé. Une altercation éclate entre Nwafo, père de la chanteuse Lydol, et Paulin Ouandji, père du petit Mathis. L’incident semble terminé. Mais Nwafo revient, armé d’un couteau.

Il s’introduit chez les Ouandji et frappe l’enfant à plusieurs reprises, dont une fois à la gorge. Le garçon de 6 ans meurt à l’hôpital. La foule lynche l’agresseur, le laissant dans le coma. À son réveil, Nwafo invoque une amnésie alcoolique. Mais l’opinion, elle, n’oublie pas : “Justice pour Mathis” devient le cri de tout un pays.

Des débats tendus

Ouvert en décembre 2025, le procès a tenu en haleine la nation. Le ministère public a requis la peine maximale, prévue par l’article 374 du Code pénal pour assassinat avec préméditation.

La défense a tenté de renverser la vapeur, pointant des analyses de sang non expertisées et l’absence d’un témoin clé, “Messina”, qui aurait récupéré l’arme. Sans succès. La juge Ekassi a suivi les réquisitions.

Les leçons d’un drame

Ce verdict relance un vieux débat. Si la peine de mort est légale au Cameroun, elle n’a plus été appliquée depuis des années. L’affaire “Bébé Mathys” pourrait-elle briser ce moratoire de fait ?

Au-delà de la sanction, c’est tout un système qui est questionné. L’avocat de la famille avait été agressé durant la procédure. Les failles sécuritaires dans les quartiers et la vulnérabilité des enfants interpellent. Plusieurs voix réclament désormais des réformes structurelles.

Sur les marches du tribunal, une banderole tenue par des adolescents résume l’essentiel : “Dors tranquille, Mathys. La veille est finie.”

Emmanuel Ekouli

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