L’affaire PCRN révèle une nouvelle fois les interférences politiques dans les dossiers judiciaires, alors que la Cour d’appel confirme Libii et désavoue implicitement le ministère de l’Administration territoriale.
Yaoundé, 20 juin 2025 – La justice camerounaise vient de porter un nouveau coup aux manœuvres du ministre Paul Atanga Nji. Ce 19 juin, la Cour d’appel de l’Extrême-Nord a rejeté le recours de Robert Kona contre Cabral Libii, confirmant ce dernier comme président légitime du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). Une décision qui met fin à près de deux ans de crise interne et de luttes judiciaires, mais qui souligne surtout les contradictions entre le pouvoir judiciaire et les injonctions politiques du ministère de l’Administration territoriale.
Une victoire judiciaire qui écorne Atanga Nji
« Je suis condamné au profit de Cabral Libii, et j’entends poursuivre l’affaire à la Cour suprême. C’est tout ce que je puis dire en ce moment », a déclaré Robert Kona, visiblement amer. Pourtant, cette décision de la Cour d’appel ne fait que confirmer un précédent jugement en première instance, rendu en septembre 2024. Une série de revers judiciaires qui discrédite un peu plus la position de Kona, soutenu en sous-main par le ministère de l’Administration territoriale.
En effet, alors que la justice avait déjà reconnu Libii comme président du PCRN en 2024, une note interne du ministère d’Atanga Nji avait ordonné à Elecam (Elections Cameroon) de ne reconnaître que Robert Kona comme représentant légal du parti. Une ingérence flagrante dans un dossier purement juridique, qui avait jeté le trouble dans le paysage politique.
Aujourd’hui, avec ce nouveau revers, c’est toute la stratégie du ministre qui s’effrite. Depuis des années, Atanga Nji est accusé d’instrumentaliser son ministère pour fragiliser l’opposition, en multipliant les décisions administratives contraires aux jugements des tribunaux. Mais cette fois, la justice a tenu bon, rappelant que c’est elle qui a le dernier mot – du moins en théorie.
Libii en route pour la présidentielle, malgré les obstacles politiques
Avec cette confirmation judiciaire, Cabral Libii peut désormais se consacrer pleinement à la campagne pour la présidentielle d’octobre 2025. Déjà investi par les militants lors du 2ᵉ congrès ordinaire du PCRN en mai dernier, il avait vu sa légitimité contestée par Kona, soutenu par des relais administratifs.
« Cette décision est une victoire pour la démocratie et pour tous ceux qui croient en l’État de droit », a réagi Libii dans un communiqué. « Le PCRN est plus que jamais uni et déterminé à offrir une alternative crédible aux Camerounais. »
Pourtant, l’ombre d’Atanga Nji plane toujours. Le ministre, connu pour son intransigeance envers l’opposition, pourrait encore tenter de bloquer la candidature de Libii par d’autres moyens administratifs. Mais avec cette nouvelle décision de justice, toute manœuvre trop visible deviendrait difficile à justifier.
Un précédent embarrassant pour le régime
Cette affaire n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une longue série de conflits où la justice a dû trancher contre les positions du ministère de l’Administration territoriale. Chaque fois, ces décisions mettent en lumière les contradictions d’un régime qui se dit respectueux des institutions, tout en cherchant à les contrôler.
En 2023, déjà, la justice avait invalidé la dissolution du parti de Maurice Kamto, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), décidée unilatéralement par Atanga Nji. Un camouflet qui n’avait pourtant pas empêché le ministre de continuer à user de méthodes controversées.
Aujourd’hui, avec l’affaire PCRN, c’est un nouveau signal fort envoyé par les magistrats : la justice ne doit pas être un outil aux mains de l’exécutif. Reste à savoir si le pouvoir en tirera les leçons, ou s’il persistera dans une logique de confrontation stérile.
Et maintenant ?
Robert Kona a annoncé son intention de se pourvoir en cassation, mais les chances de succès semblent minces. Pour Cabral Libii, l’urgence est désormais de consolider sa position et de préparer sa campagne, tout en restant vigilant face aux possibles manœuvres politiques.
Quant à Paul Atanga Nji, ce nouveau revers judiciaire affaiblit un peu plus sa crédibilité. Alors que les voix se multiplient pour demander son remplacement, le ministre devra peut-être rendre des comptes sur ses méthodes controversées.
Une chose est sûre : cette affaire confirme que la bataille pour la démocratie au Cameroun passe aussi par les prétoires. Et que malgré les pressions, certains magistrats continuent de résister.
Emmanuel Ekouli
