Yaoundé, 29 octobre 2025 – Le ministre de l’Administration Territoriale, Paul Atanga Nji, a condamné avec la plus grande fermeté les violences survenues après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 12 octobre, remportée selon les résultats officiels par le président sortant Paul Biya. Il a ensuite traité les manifestants de drogués ou d’être sous l’emprise des stupéfiants, insultant ainsi l’intelligence des citoyens qui ont décidé cette fois de défendre leur vote massif en faveur d’Issa Tchiroma Bakary.
Dans une déclaration à la presse, le ministre a dénoncé ce qu’il qualifie d'”actes insurrectionnels” ayant conduit à des destructions de bâtiments publics et privés dans plusieurs villes, notamment des incendies de sous-préfectures, de palais de justice et de mairies, ainsi que des pillages signalés à Douala.
Le ministre a directement mis en cause l’attitude du candidat Issa Tchiroma qui, selon lui, après s’être “autoproclamé vainqueur en violation du Code Électoral”, a lancé “des appels répétés à l’insurrection populaire sur les réseaux sociaux”. Paul Atanga Nji a annoncé l’ouverture d’enquêtes et indiqué que M. Tchiroma et “ses affidés” devraient répondre de leurs actes devant la justice.
Polémique sur la qualification des manifestants
La communication du ministre a cependant suscité des critiques de la part d’observateurs politiques et d’organisations de la société civile. Certains lui reprochent un langage jugé excessif dans la caractérisation des manifestants, qu’il a précédemment qualifiés publiquement comme étant “sous l’emprise de stupéfiants”.
Pour le politologue Jean-Marie Fomekong, “il existe un problème de fond dans la manière de disqualifier systématiquement la colère populaire. Traiter les manifestants de drogués ou d’être sous emprise, c’est nier la légitimité de toute protestation et insulter l’intelligence des citoyens”.
Dialogue de sourds
La situation révèle un profond clivage dans l’appréciation des événements. Alors que le gouvernement parle d'”actes insurrectionnels” et de “manifestations illégales”, les sympathisants de l’opposition évoquent une “expression légitime de mécontentement” face à des résultats contestés.
Le ministre Atanga Nji a assuré que l’État “veillera au maintien de l’ordre et à la préservation de la paix sur tout le territoire national”, promettant que “l’impunité ne sera tolérée ni pour les manifestants arrêtés ni pour ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre”.
Cette crise post-électorale intervient dans un contexte politique tendu, marqué par des interrogations sur le processus électoral et le respect des libertés démocratiques. La communauté internationale observe avec attention l’évolution de la situation, alors que le pays tente de retrouver un calme précaire.
Emmanuel Ekouli
