Il y a des silences qui étouffent et des voix qui libèrent. Celle d’Akere Muna, retentissant comme un tonnerre au-dessus d’un ciel électoral plombé, appartient à la seconde catégorie. Quand un avocat, ancien bâtonnier, ancien président de l’Union panafricaine des avocats, choisit de parler, c’est rarement par colère : c’est souvent par devoir.

Le Cameroun sort d’une élection présidentielle où le suspense n’a jamais été un invité. Dans un pays où les urnes ressemblent plus à des urnes funéraires qu’à des instruments de démocratie, la proclamation d’un vainqueur n’est plus une célébration : c’est une formalité. Les résultats, comme d’habitude, ont devancé la vérité.

Mais cette fois, un détail fait tache : un candidat retiré a récolté des voix. Ce simple fait, au-delà de toute rhétorique, suffit à démontrer que la machine électorale n’obéit pas à la logique du peuple, mais à celle du système. Muna ne dénonce pas seulement une fraude, il met en accusation un régime entier, un système qui a perfectionné l’art de confisquer la volonté populaire sous couvert de légalité.
“C’est un coup d’État constitutionnel”, écrit-il. L’expression est forte, mais juste. Car qu’est-ce qu’un coup d’État sinon la prise de pouvoir en dehors du consentement du peuple ? Ici, les chars ont été remplacés par des décrets, les armes par des arrêtés, et les urnes sont devenues des accessoires de théâtre.

Et pourtant, au milieu de cette tragédie institutionnelle, la voix d’Akere Muna ravive une lueur : celle de la conscience civique. Son appel à la libération des prisonniers politiques et à un dialogue national souverain sonne comme un rappel : le Cameroun ne manque pas de lois, il manque de justice.

La question reste : qui écoutera ? Le peuple, fatigué mais lucide, observe. Le pouvoir, sourd mais vigilant, réprime. Et la société civile, ballottée entre peur et espoir, attend un souffle. Dans ce tumulte, la sortie d’Akere Muna ne doit pas être perçue comme un cri solitaire, mais comme le témoignage d’un temps où parler devient un acte de résistance. Car quand la légalité devient complice de l’injustice, la parole devient un devoir moral.
Un peuple trahi n’est pas un peuple perdu. Il lui suffit parfois d’une voix pour se souvenir qu’il existe encore.

Charles Chacot Chimé

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