Alors que le pays traverse une période de tension et d’incertitude politique suite aux dernières élections, un membre du gouvernement semble avoir trouvé dans la crise une opportunité de se mettre en lumière. Au Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative (MINFOPRA), on active soudainement le levier de la communication pour annoncer l’intégration de 60 lauréats, un geste présenté comme une preuve d’efficacité, mais qui soulève des questions sur les priorités réelles du département.

Une annonce qui tombe à point nommé

C’est par un communiqué circonstancié que le MINFOPRA a convoqué les soixante (60) lauréats du Concours de l’École Nationale de la Jeunesse et des Sports (CENAJES) de Kribi, issus du concours 2023. Ces futurs Instructeurs Principaux, Instructeurs et Instructeurs Adjoints de Jeunesse et d’Animation (IPJA, IJA, IAJA) sont invités à se présenter ce jeudi 30 octobre 2025 à 10 heures précises à la Direction du Développement des Ressources Humaines de l’État pour finaliser leur recrutement.

Sur la forme, l’initiative est louable. Elle met un terme, pour ces 60 personnes, à une attente souvent longue et anxiogène entre la fin de la formation et l’intégration effective. Le ministère, par cette annonce, veut visiblement montrer qu’il « prend les devants », qu’il travaille et que la machine administrative, souvent décriée pour sa lourdeur, peut être efficace.

Une communication qui masque mal une réalité plus complexe

Cependant, dans les couloirs de l’administration et parmi les syndicats, on s’interroge sur le timing et la finalité de cette opération. Pourquoi cette soudaine célérité pour un seul groupe, alors que des milliers d’autres lauréats de divers concours, parfois antérieurs à 2023, croupissent encore dans les limbes de l’attente, sans aucune visibilité sur leur avenir ?

« C’est un classique de la gestion de crise politique, analyse un syndicaliste de la fonction publique sous couvert d’anonymat. Quand le pouvoir a besoin de montrer qu’il est actif et qu’il prend soin des citoyens, il sort un dossier, souvent modeste en volume, et en fait une opération de communication. Ces 60 intégrations sont une goutte d’eau dans l’océan des besoins et des promesses non tenues. L’objectif n’est pas de résoudre structurellement le problème des intégrations, mais de créer un fait médiatique positif dans un contexte morose. »

Le ministre, empêtré comme ses collègues dans les remous post-électoraux, chercherait ainsi à démontrer son utilité et l’efficacité de son action. En traitant un dossier symbolique, il espère sans doute redorer un blason administratif et détourner l’attention des blocages systémiques qui paralysent la fonction publique : budgets d’intégration insuffisants, lenteurs chroniques, et manque de vision stratégique pour absorber la masse des jeunes diplômés.

Quand l’exception confirme la règle de l’immobilisme

Le risque de cette opération ciblée est qu’elle en révèle plus sur le problème qu’elle ne le résout. En mettant en avant ces 60 intégrations, le MINFOPRAamèrement le sort de tous ceux qui, pour des postes tout aussi essentiels (enseignants, personnels de santé, agents techniques), attendent depuis des années une régularisation qui ne vient jamais.

« Cela crée une injustice de plus, témoigne un lauréat du concours 2021 d’une autre école de formation. Nous sommes heureux pour nos collègues du CENAJES, mais qu’en est-il de nous ? On a l’impression que l’intégration devient une loterie, dépendante de l’agenda politique du moment et non d’une planification transparente et équitable. »

Ainsi, alors que les 60 lauréats de Kribi préparent leurs dossiers pour le 30 octobre, une question persiste : cette intégration est-elle le signe d’un q souffle pour la fonction publique, ou simplement un écran de fumée, une action isolée dans un désert d’immobilisme ? La véritable priorité du ministre n’est-elle pas de réformer en profondeur un système à bout de souffle, plutôt que de se contenter de gestes symboliques profitant d’une fenêtre médiatique opportuniste ? La réponse se trouvera moins dans l’annonce du jour que dans la capacité du MINFOPRA à reproduire cette célérité pour l’ensemble des lauréats en attente. Le travail véritable est là.

Emmanuel Ekouli

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