L’annonce de la présence d’émissaires internationaux pour superviser l’Assemblée générale élective du 29 novembre intensifie une crise ouverte avec le gouvernement.

La cacophonie institutionnelle entre la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) et le Ministère des Sports (Minsep) a atteint un nouveau sommet. Alors que le ministre Narcisse Mouelle Kombi a ordonné la suspension des élections, la Fecafoot a, par un communiqué, annoncé le maintien de son Assemblée générale élective le 29 novembre à Mbankomo, une décision placée sous le haut patronage de la FIFA et de la Confédération africaine de football (CAF). Ces dernières enverront des émissaires pour superviser le scrutin, cristallisant un bras de fer désormais ouvert .

Un conflit aux multiples facettes

Le cœur du différend réside dans l’application des textes régissant la Fecafoot.

· La position du gouvernement : Le Minsep estime que les statuts adoptés après l’élection de Samuel Eto’o en décembre 2021 n’ont jamais été soumis au contrôle de conformité exigé par la loi camerounaise. Par conséquent, ils sont inapplicables. Seuls les statuts du 13 juillet 2021 sont valides, un cadre qui, selon le ministère, exige un contrôle d’intégrité pour tout candidat à la présidence. Cet article pourrait remettre en cause l’éligibilité de Samuel Eto’o, condamné pour fraude fiscale en Espagne en 2022 .
· La position de la Fecafoot : La fédération, arguant des règles de non-ingérence de la FIFA, avance que ses textes internes, approuvés par son Assemblée générale, prévalent. Elle a verrouillé le processus électoral en validant la candidature de Samuel Eto’o comme seul candidat en lice, les autres postulants ayant été recalés pour des défauts de parrainage .

La manœuvre internationale de la Fecafoot

Face à la pression gouvernementale, la Fecafoot a activé ses soutiens internationaux. Suite à une visioconférence entre la Commission électorale de la fédération, la FIFA et la CAF, il a été décidé que des émissaires conjoints des deux instances, accompagnés de membres du Conseil de la FIFA, se rendront à Mbankomo le 29 novembre pour « garantir le bon déroulement de l’élection » .

Cette annonce est un coup de force institutionnel. En plaçant le scrutin sous la surveillance directe des instances faîtières du football mondial, la Fecafoot renforce sa légitimité et sape l’autorité du Minsep. Cette manœuvre place le gouvernement dans une position délicate, toute action disruptive risquant de provoquer des sanctions de la FIFA, pouvant aller jusqu’à la suspension du Cameroun .

Une crise qui dépasse le cadre électoral

Cette confrontation n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un contexte de relations tendues entre Samuel Eto’o et le ministre Mouelle Kombi, une animosité qui influence la gestion du football camerounais. Récemment, un désaccord sur le stade devant accueillir une rencontre des Lions indomptables avait déjà nécessité l’intervention du ministre, le président de la CAF, Patrice Motsepe, ayant même publiquement appelé Eto’o à collaborer avec le gouvernement .

Alors que l’opinion publique camerounaise suit de près cet imbroglio, les jours qui viennent seront décisifs. Le ministère de l’Administration territoriale, saisi par le Minsep pour interdire l’assemblée, n’a pas encore officiellement réagi. Dans cette partie d’échecs, la Fecafoot, forte du soutien affiché de la FIFA et de la CAF, semble avoir pris un ascendant déterminant. Sauf revirement de dernière minute, Samuel Eto’o s’achemine vers une réélection inévitable, sous le regard vigilant des gardiens du football international.

Emmanuel Ekouli

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