Dans un épilogue qui clôt près de deux ans de lutte intestine, Samuel Eto’o, président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), vient de remporter une bataille décisive. Son adversaire de toujours, le ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, et le sélectionneur national controversé, Marc Brys, ont été contraints de céder. Le limogeage de Brys la semaine dernière par Eto’o, acté dans un silence éloquent par le Ministère des Sports (Minsep), sonne comme la victoire personnelle et politique de l’ancienne star mondiale.

L’affaire Brys, née en avril 2023 d’une nomination imposée par le Minsep à la Fecafoot, a incarné la crise chronique du football camerounais : un conflit de légitimité entre l’autorité administrative de l’État et l’instance fédérale, gouvernée par son statut. Pendant près de deux ans, Marc Brys, un technicien belge parachuté, a travaillé dans un climat de guerre froide permanente, boycotté ouvertement par Eto’o et son bureau, et toléré par un ministère déterminé à affirmer son emprise.

La manœuvre décisive d’Eto’o

La décision unilatérale de Samuel Eto’o de mettre fin aux fonctions de Brys, prise lors d’un bureau exécutif de la Fecafoot, est un coup de force institutionnel. Mais c’est un coup de force calculé. En agissant ainsi, le président de la Fecafoot a forcé le Minsep à se dévoiler : soit il contre-attaquait frontalement, au risque d’une crise ouverte et de sanctions de la FIFA (très sensible aux ingérences gouvernementales), soit il pliait. Il a plié.

La déclaration laconique du Minsep, affirmant avoir « pris acte » de la décision, est un aveu de capitulation. Elle valide, par son absence de protestation, la prééminence de la Fecafoot dans la gestion technique des sélections. Pour Narcisse Mouelle Kombi, c’est un recul stratégique majeur. Sa tentative de contrôler le levier sportif le plus symbolique du pays se heurte désormais à la réalité du droit sportif international et à l’intransigeance d’un Eto’o prêt à aller au bout.

Brys, dernier dommage collatéral

Dans cette guerre des chefs, Marc Brys apparaît comme le principal dommage collatéral. Sa déclaration récente, mi-résignée mi-combative, résume sa situation d’homme seul : « Si effectivement on me dit que je ne suis plus le sélectionneur du Cameroun, alors il faut le faire officiellement et me payer ce qu’on me doit, et aussi payer ce qui est dû aux membres de mon staff technique qui ont été renvoyés. » Ces propos traduisent une amère réalité : son employeur juridique, la Fecafoot, l’a congédié, tandis que son protecteur politique, le Minsep, ne semble plus en mesure de le défendre, se contentant de « prendre acte ». Sa réclamation porte désormais sur le seul terrain où sa voix peut encore être entendue : le contentieux financier.

Une victoire à double tranchant pour Eto’o

Cette victoire consolide indéniablement l’autorité de Samuel Eto’o. Elle affirme la primauté de la Fecafoot et renforce son statut de patron tout-puissant du football camerounais. Il a prouvé qu’il pouvait tenir tête au gouvernement et gagner. Cependant, ce triomphe est aussi un lourd fardeau. L’opinion publique et la presse camerounaises, lassées par ces guerres de pouvoir, attendent désormais des résultats. La balle est dans son camp. La nomination d’un nouveau sélectionneur – qui sera incontestablement son choix – et les performances des Lions Indomptables seront scrutées comme jamais.

Le limogeage de Brys n’est donc pas une fin, mais un nouveau commencement. Il ouvre une ère où Samuel Eto’o, débarrassé de cette épine dans le pied, assume une responsabilité totale. Le Minsep, pour sa part, sort affaibli de ce bras de fer. La paix est revenue, mais elle s’est faite aux conditions du président de la Fecafoot. L’enjeu maintenant n’est plus politique, il est purement sportif. Et c’est peut-être là le plus grand défi qui attend Samuel Eto’o.

Emmanuel Ekouli

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