L’ancien président Nicolas Sarkozy appelle, dans son nouveau livre, à mettre fin à la tradition du « front républicain » visant à faire barrage au Rassemblement National (RN) de Marine Le Pen. Une position qualifiée d’« extrêmement grave » par François Hollande et qui pourrait redéfinir les alliances politiques à droite.
Un livre écrit derrière les barreaux
Cette prise de position intervient dans « Journal d’un prisonnier », un récit publié ce 10 décembre que Nicolas Sarkozy a écrit pendant ses trois semaines d’incarcération à la prison de la Santé. Condamné en première instance dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007, l’ancien président y décrit une expérience carcérale inédite pour un ex-chef de l’État, marquée par la promiscuité, l’oisiveté et l’uniformité du « gris » qui « dévorait tout ».
C’est de sa cellule qu’il aurait téléphoné à Marine Le Pen pour la remercier de son soutien après sa condamnation. Un contact qui préfigure le contenu politique de l’ouvrage.
La fin d’un tabou républicain
Dans son livre, Sarkozy franchit une ligne claire. Il affirme qu’il ne s’associera pas à un « front républicain » anti-RN lors des prochaines élections et considère que les électeurs du parti d’extrême droite sont « dans l’arc républicain ».
Une rupture historique : Cette position rompt avec la tradition de la droite française, incarnée par Jacques Chirac, qui maintenait un « cordon sanitaire » contre le Front National. Elle s’inscrit dans une évolution plus large, comme le soutien de Laurent Wauquiez (LR) à une primaire large intégrant des figures de la droite radicale.
La réaction de François Hollande : « extrêmement grave »
L’ancien président socialiste a vivement réagi, soulignant la gravité de cette position. Pour Hollande, une distinction fondamentale persiste :
· Les électeurs du RN ont le droit de voter et d’être représentés.
· Les dirigeants du RN portent, selon lui, des valeurs contraires à la République, fondées sur la « préférence nationale » et la discrimination.
Hollande a rappelé les alliances internationales de Marine Le Pen (Donald Trump, Vladimir Poutine) et son opposition à l’Union européenne. Face à un second tour LFI-RN, il a affirmé qu’il ne ferait « pas une égalité » entre les deux extrêmes et ne voterait pas pour le RN.
Des conséquences pour l’avenir politique
Cette prise de position n’est pas un simple commentaire. Elle a des implications concrètes :
· Fragilisation du barrage : Elle sape le principe d’union des forces républicaines contre l’extrême droite, un pilier de la vie politique française depuis des décennies.
· Fracture à droite : Elle divise la famille de la droite traditionnelle, entre partisans d’une alliance et gardiens du tabou.
· Légitimation du RN : En niant la nécessité d’un « front », Sarkozy participe à la normalisation du parti de Marine Le Pen, un objectif clé de sa stratégie de « dédiabolisation ».
Contexte : Ce débat n’est pas nouveau. Déjà en 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo, la question d’inclure le FN (devenu RN) dans « l’union nationale » s’était posée. Le parti avait finalement été exclu des grandes marches, au nom des valeurs républicaines.
La sortie de « Journal d’un prisonnier » marque plus qu’un retour littéraire. Elle est un acte politique qui, depuis l’isolement d’une cellule, cherche à reconfigurer les lignes de fracture et les possibles alliances de la droite française, avec des conséquences potentiellement déterminantes pour les élections à venir.
Emmanuel Ekouli
