Moins de 24 heures après sa prise de fonction officielle à la tête du Rassemblement pour le développement et la défense de la République (RDDRC), Abdouraman Hamadou Babha a déjà mis le gouvernement camerounais face à ses responsabilités. Dans une déclaration rendue publique ce vendredi à Yaoundé, le nouveau président du parti d’opposition a exigé des “clarifications officielles et urgentes” concernant une information révélée outre-Atlantique : l’existence présumée d’un accord secret ayant permis le transfert discret de dix-sept migrants expulsés des États-Unis vers le Cameroun.
L’affaire, qui commence tout juste à émerger dans le débat public camo-runais, trouve son origine dans une enquête approfondie d’un média américain. Selon ces révélations, Washington et Yaoundé auraient conclu un accord bilatéral confidentiel visant à faciliter l’expulsion de ressortissants camerounais en situation irrégulière sur le sol américain. Le cœur du scandale réside moins dans le principe du rapatriement – pratique courante en droit international – que dans les conditions de sa mise en œuvre : des vols discrets, hors des radars médiatiques, et surtout, l’absence totale de communication préalable des autorités camerounaises envers leur propre population et leurs représentants élus.
Pour Abdouraman Hamadou Babha, cette opacité est inacceptable. “La gestion des flux migratoires et la souveraineté nationale ne sauraient se négocier dans l’ombre des chancelleries sans que le peuple, par la voix de ses représentants, en soit informé”, a-t-il martelé. Le leader du RDDRC s’interroge sur la nature exacte de cet accord : “Quelles sont les contreparties offertes par les États-Unis ? Le Cameroun a-t-il accepté de devenir une terre d’accueil pour ces personnes sans aucune condition préalable ? Avons-nous les moyens logistiques et sociaux d’assurer leur réinsertion ?”
L’inquiétude du parti d’opposition porte également sur le sort des dix-sept migrants concernés. Le RDDRC craint qu’ils n’aient été renvoyés dans un pays qu’ils avaient fui, parfois pour des raisons économiques ou sécuritaires, sans aucune mesure d’accompagnement. “Ces compatriotes, quels que soient les motifs de leur départ, restent des Camerounais. Ils doivent être traités avec dignité. Si le gouvernement a signé un accord, il doit dire comment il compte les accueillir et éviter qu’ils ne se retrouvent à la rue ou dans une précarité absolue”, a insisté le président du parti.
Cette prise de position survient à un moment particulier pour Abdouraman Hamadou Babha, qui vient tout juste de prendre les rênes du RDDRC. En choisissant ce dossier brûlant comme premier cheval de bataille, le nouveau président du parti semble vouloir imprimer sa marque : une ligne d’opposition ferme, prompte à interpeller l’exécutif sur les questions de transparence et de souveraineté.
Du côté des autorités, le silence est pour l’heure quasi-total. Les ministères concernés (Relations extérieures, Administration territoriale) n’ont pas encore réagi officiellement aux informations de la presse américaine ni aux demandes du RDDRC. Ce mutisme alimente les spéculations et les critiques. Dans les rues de Yaoundé et de Douala, la nouvelle commence à circuler, ravivant le débat récurrent sur l’émigration clandestine et la place du Cameroun dans les accords internationaux souvent perçus comme déséquilibrés.
L’opposition, par la voix de son nouveau leader, promet de ne pas en rester là. “Nous ne nous contenterons pas d’une fin de non-recevoir. Si aucune explication claire n’est fournie dans les prochains jours, nous utiliserons toutes les voies légales et parlementaires pour faire la lumière sur cette affaire”, a prévenu Abdouraman Hamadou Babba. Une chose est sûre : le sujet risque de s’inviter durablement dans le paysage politique camerounais, posant une nouvelle fois la question de la transparence des accords internes signés par le pouvoir de Yaoundé.
Ndongo Tsala Christophe
