- Studio 44 Architects recherche une intervention, AFG Bank Cameroun fait la sourde oreille
C’est sans conteste la réplique du mythique combat entre David et Goliath. D’un côté, la PME Studio 44 Architects, qui a pour cœur de métier l’architecture. De l’autre, la filiale camerounaise de la multinationale AFG Bank. Au centre, entre les deux, un impayé d’un montant de 16,4 millions de FCFA. Voilà quatre ans que Studio 44 Architects réclame, sans suite, cette somme à AFG Bank Cameroun.
Pour se faire payer, les responsables de la PME ont multiplié les tentatives. Elles se sont avérées infructueuses pour le moment. Ils ont tout d’abord privilégié la voie épistolaire. En janvier 2022, cinq mois après la fin de l’aménagement d’une agence VIP de AFG Bank Cameroun, au centre-ville de Yaoundé, Studio 44 Architects rappelle que ce projet qu’il a piloté a généré des études architecturales complémentaires et des pénalités de retard dans les travaux de construction. C’est ce supplément qui est chiffré à 16,4 millions de FCFA. Sauf que AFG Bank Cameroun oppose une fin de non-recevoir. En clair, cette enseigne bancaire n’est pas disposée à payer cette somme [Lire l’épisode 1].
Demande d’intervention
Après ce premier échec, les responsables de Studio 44 Architects se tournent vers le patronat. Quelques mois après la fin de non-recevoir servie par AFG Bank Cameroun, ils demandent l’intervention du Groupement inter-patronal du Cameroun, qui est depuis devenue le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) après une réforme patronale. Le 2 septembre 2022, Aline Valérie Mbono, la directrice exécutive du Gecam, répond à cette demande. Elle propose alors d’organiser une rencontre entre les deux parties dans le but de trouver « une solution idoine » à cette affaire. Une initiative qui va faire long feu.
Une première rencontre est organisée à Douala dans les locaux du Gecam. Elle tourne court. Pour cause : elle est boudée par les responsables du groupe bancaire. Une seconde réunion, dans les locaux de AFG Bank Cameroun à Yaoundé ne fait pas avancer le dossier. Ces deux tentatives ont-elles suffi à émousser l’enthousiasme de l’organisation patronale ? Toujours est-il que le Gecam observe désormais le silence.
Pour sortir cette affaire du brouillard, Studio 44 Architects sollicite une autre intervention. « J’ai rencontré un des actionnaires de la banque », confie le patron de la PME. Cet actionnaire n’est rien d’autre que l’homme d’affaires Albert Kouinche, bien connu dans l’opinion comme le boss de Express Union, une entreprise qui investit dans le transfert des fonds et dans la microfinance.
Les deux hommes se rencontrent dans l’après-midi du 29 juin 2023 dans les bureaux de Albert Kouinche à Yaoundé. L’entretien dure cinq minutes d’horloge. Juste le temps pour l’homme d’affaires d’apprécier le travail réalisé par Studio 44 Architects dans l’aménagement de l’agence VIP de AFG Bank. Et de promettre au patron de Studio 44 Architects de le rappeler. Plus de deux ans après cette rencontre, Albert Kouinche n’a jamais rappelé. C’est la troisième piste qui s’avère infructueuse.
Conseil d’administration
Parallèlement, Studio 44 Architects suit une autre piste. Le 31 mai, la PME contacte Léon Konan Koffi, homme d’affaires ivoirien à la tête du Conseil d’administration de AFG Holding, via la plateforme sociale WhatsApp. En guise de réponse, Léon Konan Koffi écrit : « merci de me préciser ce que la banque reste à vous devoir ». L’homme d’affaires ivoirien conclut l’échange en postant : « Bien noté ».
Ensuite, c’est le silence complet malgré les relances de Studio 44 Architects. La première le 12 juin : « Cher Monsieur Konan Koffi, bonjour et bon début de semaine. Je me permets de revenir vers vous au sujet de mon différend avec la Banque Atlantique Cameroun (ancienne dénomination de AFG Bank Cameroun). J’ose espérer que malgré vos multiples responsabilités, vous trouverez un minimum de temps à consacrer à ce problème, afin d’y trouver une issue qui me soit juste et équitable. Cordialement ». Aucune réponse en retour. La seconde relance, un mois plus tard, reste une fois encore sans suite.
Après toutes ces demandes d’intervention, difficile de savoir si la cause de Studio 44 Architects est déjà entendue auprès des membres du top management de la holding fondée par le banquier ivoirien Bernard Koné Dossongui. Ce dernier est-il au courant de la sourde oreille que font ses collaborateurs à Yaoundé, malgré les nombreuses demandes d’intervention initiées par la PME camerounaises ? Impossible de savoir. Quoi qu’il en soit, à Abidjan, la chronique populaire avoue que Bernard Koné Dossongui aime embrasser les causes justes, comme son mentor Serge Guetta (décédé en 2013) qu’on surnommait « le banquier au cœur d’or ».
Chez Studio 44 Architects, on reste convaincu que tout n’est pas perdu. L’échec de toutes ces demandes d’intervention ne suffisent pas à clôturer ce différend. Les responsables de la PME espèrent toujours faire entendre raison à la partie adverse. En clair, comme dans la bible, cette nouvelle bataille entre David et le géant Goliath peut encore tourner à l’avantage du premier. (A suivre).
Jean-Michel Bios
