Au Cameroun, nous venons d’inventer une nouvelle forme de gouvernance : le pouvoir à distance. Le chef de l’État est absent depuis huit semaines. Officiellement, il s’agissait d’un « court séjour privé en Europe ». Huit semaines plus tard, le « court séjour » semble avoir adopté le calendrier camerounais : tout y dure plus longtemps que prévu.‎‎Pendant ce temps, les Camerounais n’ont pas droit à des informations précises. Ils ont droit à des versions.‎‎Un ministre explique que le président travaille depuis l’étranger.

Un autre affirme qu’il bénéficie, comme tout salarié, de son droit au congé. Voilà donc le Cameroun rassuré : nous avons un président à la fois en vacances et au travail. Une prouesse que même le télétravail n’avait pas osé imaginer.

‎‎Le problème n’est pas qu’un homme de 93 ans prenne du repos. Ce serait humain. Le véritable problème est qu’un État de plus de trente millions d’habitants soit réduit à spéculer sur la présence, l’absence ou l’état de santé de celui qui le dirige.‎‎Dans une démocratie mature, la communication institutionnelle ne repose pas sur des devinettes. Les citoyens ne devraient pas avoir à interpréter des photographies, des signatures administratives ou des déclarations contradictoires pour savoir si leur président exerce effectivement ses fonctions.‎‎

Le silence est devenu une méthode de gouvernement. Plus les questions se multiplient, plus les réponses deviennent floues. Comme si l’opacité était désormais une politique publique.‎‎

Pendant que les autorités invitent les Camerounais à ne pas s’inquiéter, le pays, lui, ne prend pas de congé. Les hôpitaux restent débordés. Les jeunes continuent de chercher un emploi. Les entreprises affrontent les mêmes difficultés. La dette publique augmente. Les défis sécuritaires demeurent. Le quotidien des populations, lui, ne connaît ni vacances ni séjour privé.‎Le plus inquiétant n’est peut-être pas l’absence du président. C’est l’absence d’un mécanisme institutionnel capable de fonctionner avec transparence et sérénité lorsque le chef de l’État est éloigné du territoire pendant une période aussi longue.‎‎

Un État moderne ne devrait jamais dépendre d’un seul homme. Les institutions sont précisément conçues pour garantir la continuité de l’action publique. Lorsque toute une nation retient son souffle à cause de l’absence prolongée d’une seule personne, c’est le signe d’une personnalisation excessive du pouvoir.‎‎

Les Camerounais ne réclament pas des miracles. Ils réclament simplement le respect qui est dû à un peuple souverain : celui d’être informé avec clarté et vérité.‎‎Car gouverner, ce n’est pas seulement signer des décrets. C’est aussi rendre des comptes.‎‎Et dans une République, le silence n’est jamais une politique. Il est souvent l’aveu d’un malaise que l’on refuse de nommer.

Par Charles Chacot Chimé

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